Afrique Média : la nouvelle « chaine » du continent ?
  • une chaine déchainée contre la France

Une chaine de télévision en terre africaine n’a jamais été aussi claire dans sa ligne éditoriale. Celle d’Afrique Média ne fait l’ombre d’aucun doute : combattre l’impérialisme et susciter chez l’africain un sentiment de contestation du néocolonialisme. Pour y arriver, il fallait faire des choix judicieux et même juteux, quant’ aux différentes émissions, des panélistes et même de leur manière d’intervenir sur les plateaux. Les thématiques ont toujours tourné sur des questions sensationnelles se rapportant aux relations Afrique-France. Dans le traitement de ces mêmes questions, la méthode a toujours été d’indexer le coupable sur les malheurs du continent. Et de manière peu surprenante, le coupable a toujours été la France, ses firmes, ses hommes d’affaires et ses alliés. Or qui parle de coupable parle ipso facto de victime. Malheureusement, la victime, selon les discours d’Afrique Média, a été et reste l’Afrique, pauvre cible d’un complot entretenu contre elle depuis des lustres par les impérialistes et leurs suppôts. Pour la chaine, la France est un ennemi, c’est un mal à combattre avec force et détermination.

  • une chaîne enchainée par la France

Ce sentiment anti-français d’Afrique Média et de ses fans a été accentué lors du retrait de la chaine panafricaine sur le bouquet Canal+. Un sentiment de haine tributaire de l’invasion meurtrière de la France en Lybie, et du conflit postélectoral en Côte d’Ivoire. L’expulsion lapidaire d’A.M du bouquet Canal+, a remis au grand jour la dépendance de l’Afrique à plusieurs points de vue envers la France, et a renforcé l’idée selon laquelle la France aurait peur et serait contre l’Afrique. Bien que ces français ne voient en A.M qu’ « une petite chaine de télévision locale aux prétentions panafricanistes ». Il faut rappeler que le geste de Canal+ n’a pas été gratuit ! Selon le président du groupe, il fait suite aux « accusations diffamatoires gravissimes » portées à leur encontre par A.M dans plusieurs de ses émissions. Il y’a de cela quelques jours, la chaine (pan)africaine a encore accusé la France et ses alliés de soutenir la secte islamiste du Boko Haram. Suites à ces accusations, le Conseil National de Communication camerounais a immédiatement interdit la chaine de diffusions. La chaine est accusée de « généralisation des manquements de professionnels », des « confusions préjudiciables entre liberté d’expression et les atteintes à la dignité des personnes », et des « accusations non justifiées et d’un appel à la haine ».

  • une chaine qui enchaine les africains

le vœu cher d’Afrique Média est de libérer l’Afrique de la main mise de l’Occident, et l’africain des idées reçues sur le continent par les médias étrangers. Maitres dans l’art de manipuler les masses et d’entretenir le monopole de leur puissance. Victor Hugo disait qu’ « on peut résister à l’invasion d’une armée, mais pas à l’invasion des idées ». Dans ce cas de figure, il est impératif de procéder à un lavage de cerveau de l’africain, vider son esprit acquis étrangers, et y installer un programme ingénieux typiquement africain. Si on peut reconnaître à A.M le mérite de s’engager dans une voie aussi périlleuse que celle du panafricanisme et de « l’Afrique aux africains », il faut aussi reconnaître qu’on peut avoir une fin juste, mais pécher amèrement par les « voix » et les « moyens » que nous « empruntons ». Dans ce sens, A.M a peut être fait plus de mal à l’africain que de bien. Voulant être pour l’africain un média-teur, A.M s’est posée malgré elle comme une solide chaine esclavagiste.

Si A.M est devenue si populaire, ce n’est pas forcément lié à la pertinence de ses discours. C’est que ses discours sont semés sur la bonne terre. Celle de l’africain amateur du jeu, de la télévision, du sensationnel, et réfractaire à la culture, à la lecture, et à l’interrogation. Voilà pourquoi il reçoit le plus souvent ces discours comme des paroles d’évangiles, sans prendre le recul épistémologique nécessaire, afin d’en juger de leur objectivité profonde.

Pendant que leurs chercheurs sont dans les labos pour nous « aider » à remédier à Ebola et autres, les nôtres sont dans les bars et les plateaux de télés pour accuser l’Autre d’avoir créé Ebola pour tuer l’Afrique. Pendant qu’on accuse l’Autre de néocolonialisme, c’est lui qui finance nos institutions, qui bat notre monnaie, qui fabrique les armes avec lesquels on veut le combattre et qui va à la conquête de l’espace. L’africain consomme chaque jour de sa vie, plus ce qui vient de l’autre que de lui même. Que ce soit la technologie, la langue, la nourriture, le savoir, les vêtements, les médias…même le plus panafricaniste des panélistes d’A.M consomme plus européen que le français moyen. Tant que l’Afrique sera dépendante de toutes ces choses, aucune guerre ne sera permise ni légitimée.

- une chaine enchainée par Nguéma l’africain

A.M est née sous les cendres du Guide Lybien, devenu l’égérie de la chaine, porteuse de la nouvelle voix du panafricanisme. Voix, qu’Obiang prétend en être aujourd’hui le garant. A.M nous prêche l’indépendance, mais fait semblant d’ignorer qu’elle aussi reste dépendante du soutien manifeste de Nguéma. Et comme dit le proverbe : « celui qui paye l’orchestre décide de la partition ». Et personne ne peut nier, qu’A.M ne prêchera jamais en mal contre le guide Guinéen même si elle sait qu’il n’est pas un saint irréprochable. Or, la qualité première d’un média est son indépendance. Seul gage de sa crédibilité et de l’objectivité de ses prises de positions. Dans ce cas, A.M n’est donc pas différent de ceux qu’elle combat avec véhémence. Alors si Afrique Média n’avait pas existé, la France aurait inventé une autre, car elle seule sait ce que l’Afrique perd, en passant le temps à la critiquer et la combattre. La France sait qu’une pareille chaine est une distraction pour l’Afrique, qui écarte l’africain des priorités de l’heure ; de la puissance et de la puissance seule…

Texte dédicacé à Arol Ketchiemen, auteur du Dictionnaire de l’origine des noms et des surnoms des pays africains, Favre, 2014.

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