Prenez le Boko Haram et rendez-nous le maquis !

« Maquisards », voici le nom qui a été attribué à ceux qui ont reçu leur baptême de sang l’année 1955. A la veille de l’indépendance, l’Upc venait d’être interdite. Les militants nationalistes n’avaient plus d’autres choix que de plonger dans une clandestinité par défaut afin de poursuivre leur combat. Celui de la réunification et de l’indépendance immédiate. Interdits alors de la scène publique, lieu par excellence de la parole et de l’action politique, Um Nyobé et compagnie se réfugient dans les forets et se cachent derrières de divers masques ; ne pouvant agir autrement que par la violence et le tumulte pour faire entendre leur voix. Mais cette violence n’était autre que la réponse à celle institutionnalisée par l’armée française, qui voulait par tous les moyens nécessaires éteindre la lumière vive de l’Upc.

Elle pénétrait dans la brousse pour y abattre les nationalistes, les dénicher dans les grottes, leur couper les têtes et les exposer sur la place du marché. Ces combattants venaient de partout afin d’en finir avec le « maquis », de l’Algérie en Indochine ; ces hauts lieux de la défaite métropolitaine où les massacres n’ont jamais été aussi importants et affreux qu’au Cameroun. Après l’humiliante mort d’Um Nyobé, la lutte nationaliste a été transférée dans les montagnes de l’Ouest avec les survivants de la lutte originaires de ladite région, comme Félix Moumié et Ouandié. Voilà pourquoi les « maquisards » ont été immédiatement et malencontreusement identifiés aux bamilékés. Ce « caillou dans la chaussure » qu’il fallait éliminer avant l’indépendance.

Après ladite indépendance, la France a passé le témoin au nouveau régime dictatorial camerounais. D’une manière ou d’une autre, il fallait se débarrasser de cet obstacle bien identifié, soit de manière brutale comme cela a été le cas à Bafoussam avec Ernest Ouandié ou de manière douce avec Félix Moumié ; de toute façon, mourir a toujours été mourir. Pour le président en place, il fallait passer par cette voie injuste, pour arriver à une fin justifiée : l’unité nationale.

Or depuis cette période de frayeur, le Cameroun n’avait plus connu une période aussi sanglante. Dans les années 90, même les villes étaient plus mortes que les hommes qui bravaient sur la scène publique le régime monolithique en place, réfractaire à la mise en place d’une société plurielle et pluraliste. Le Cameroun a toujours été considéré comme un îlot de paix, au milieu d’une mer affreuse de guerres et de conflits sanglants. Et son président de la République, comme pacificateur, à qui plusieurs de ses « créatures » ont longtemps souhaité, le prix noble de la paix.

Le Cameroun va vivre un moment d’intense douleur, suites aux attaques étrangères de la secte islamiste du BH. Cette secte nigériane, qui a cause d’un besoin de repli stratégique vers le Nord du pays, va connaître une étonnante résistance de l’armée camerounaise, qui a aucun moment de la nuit ni du jour, n’a permis à la l'obscure nébuleuse d’occuper un seul centimètre de notre territoire. Et dans la foulée, le Président de paix camerounais est allé déclarer la guerre en pays étranger, à une secte étrangère sur son sol. C’est ainsi qu’il s’est retrouvé à mettre dans le même panier le « boko haram » et « le maquis », en se vantant de « leur » vieille victoire sur ces derniers -qu’il n’a pas osé nommer. Il le disait aussi sans songer que le BH allait défier sur un front inattendu. Incapable donc de passer les frontières naturelles pour étendre sa zone d’influence, le BH va user d’une lâche stratégie. Après avoir capturé des jeunes filles pour en faire des machines sans cœur ni âme, ils ont pu transformer d’autres en des machines à tuer, des bombes humaines. Et comme toute bombe, l'acmé a été de détruire les choses et les humains, et semer le traumatisme dans l’esprit des survivants.

Nous « leur » demandons de prendre le BH parce que nous pensons qu’ils en ont (ou devraient avoir) les forces et les moyens. Ils ont le devoir de nous protéger, et de nous offrir un cadre de vie paisible et stable. C’était une erreur historique de comparer le BH au « maquis ». L’une étant une nébuleuse étrangère, avec pour but la destruction des acquis d’un pays qui ne lui appartient pas. Le maquis, n’était rien d’autre qu’une lutte des camerounais, contre les camerounais mais pour les camerounais. Ils combattaient pour le bien du Cameroun, sa paix, son unité, son indépendance et son développement. La violence ne devait jamais exister, si les deux forces en présence avaient accepté un moment de s’asseoir pour discuter. Le dialogue était possible, non pas seulement pour éviter la violence, mais aussi pour construire un cadre futuriste d’échanges et d’ouvertures nationale. Avec le BH, impossible de dialoguer avec ceux qui n’ont pour langage que la violence, et pour visage l’anonymat.

Il devient impératif d’apprendre qu’il y’a chaque jour au Cameroun, des violences aussi meurtrières que le BH. Les violences morales, financières, conjugales, religieuses, économiques…qui lubrifient la difficile pénétration de la secte. Le but des nationalistes, était de nous débarrasser de toutes ces frustrations quotidiennes et de nous hisser à la hauteur du citoyen normal et excellent. Un citoyen éduqué à la morale, à l’engagement et au sens du devoir ; à la paix et la recherche perpétuelle du développement de soi et des autres. Le citoyen incorruptible, capable à lui seul et avec les autres, de propulser des changements inattendus. Voilà pourquoi la sacro-sainte « guerre » contre le « maquis » a été perdue.

Aujourd’hui, le BH est venu nous prouver que nous avons encore besoin de retourner à ces idéaux. Car en notre sein, nous n’avons que des citoyens tribalistes, nombrilistes, pauvres, démunis et médiocres ; des analphabètes politiques, maniables et corruptibles ; capables de se détruire soi-même et de détruire les autres moyennant quelques sous, plutôt que de se construire avec les autres pour le grand ensemble…

Dédicacé à Ernest Ouandié,

Dernier visage du nationalisme camerounais.

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