j'ai lu...Jean Blaise Kenmogne: pasteur et défenseur des homosexuel-les

Homosexualité, Eglise et Droits de l’Homme, publié en 2012 aux éditions Ceros, est un ouvrage assez profond mais hélas peu connu du grand public. C’est un livre dialogue entre le pasteur Jean Blaise Kenmogne et le journaliste Haman Mana. Dans cet ouvrage, on apprend mieux de du pasteur JBK, jeune camerounais, exilé dans les années 70 en France pour poursuivre sa formation en mécanique. Un étrange parcours, car le jeune mécanicien qui faisait sa messe à l’Eglise Catholique, va revenir au Cameroun chargé de foi, de connaissances et de diplômes ! Rien qu’avec un CAP, il réussit à entrer à l’Université et à poursuivre de brillants études de théologie et de philosophie. Il devient donc pasteur et philosophe, et s’engage même dans le social en créant en 1990 le CIPCRE: une Ong d’écologie et de développement. Il dit avoir « compris alors qu’il n’ya pas d’évangélisation féconde que si l’on inscrit la foi dans un projet de transformation sociale » (P.14) aussi qu’il fallait à l’Eglise, « des lieux d’engagement solidement et parfaitement gérés pour un témoignage crédible montrant une Afrique qui gagne » P.16. Son engagement dans la théologie de la libération l’a conduit vers de nombreuses voies aussi salvatrices les unes que les autres, même s’il est taxé, comme le dit Haman Mana, de « trop embrassé au point de mal étreindre ». JBK a écrit plusieurs ouvrages, contribué à l’édition de plusieurs autres, a soutenu un doctorat en droits de l’homme, et initié la création de l’Université Evangélique du Cameroun dont il assure le rectorat.

Une fois les questions liées à son parcours achevées, Haman Mana recadre le débat en entrant dans le vif du sujet : les homosexuels ! à une période où la question des homos est assez tabou au Cameroun, un homme d’Eglise, ose prendre leur défense publiquement sans fards ni ambages, ni peur des représailles. Pour le pasteur c’est une nécessité pour l’église de rester attentif et de prendre la question des homosexuels très au sérieux, car si ceux ci sont rejetés par l’Eglise, ce n’est pas sur le monde qu’il faudrait compter pour les accueillir. Pour lui, « les homosexuel-les sont des êtres humains. Pleinement et entièrement. Ils ne sont ni un cancer à éradiquer, ni une menace sociale. Ils sont des sujets d’humanité, des sujets de droit, des sujets de vie » P.31 si l’église devrait se battre contre une quelconque homosexualité, ce serait, d’après lui, contre celle « imposée par les forces du mal », « notamment par les forces mystiques et ésotériques qui infiltrent les milieux politiques, économiques, intellectuels…pour contraindre les hétérosexuels à adopter des comportements qui leur sont totalement étrangers », faisant de la pratique de l’homosexualité, une pratique de mise en esclavage des citoyens clairement hétérosexuels. P.34

Ainsi, quand on a fini avec ceux ci, « la question fondamentale est maintenant celle de savoir ce que la société et les églises font des homosexuels identitaires », sans pour autant pointer l’Europe du doigt tout en éludant de chercher « la responsabilité africaine dans la situation actuelle de l’Afrique ». le pasteur Jean Blaise Kenmogne refuse le fait qu’il soit un promoteur de l’homosexualité, au contraire, un « pasteur qui, au nom de l’amour de Dieu manifesté en J.C, éprouve de la compassion pour toutes celles et tous ceux qui sont victimes d’injustice et d’exclusion » (P.49). Voilà pourquoi il propose l’élaboration d’une véritable « éthique de la solidarité avec les homosexuels », l’engagement dans une « bataille du droit humain des homosexuel-les » (P.57). Et pour y arriver, il faut nécessairement, dit’il à la suite de Kä Mana, « révolutionner l’imaginaire » des africains, en cultivant une « bonne intelligence théologique du problème » P.63, et en évitant qu’au nom toujours de Dieu, les hommes se permettent de condamner avant de comprendre. Sa pastorale est celle de l’écoute sans jugement et sans condamnation, une pastorale de compréhension de la situation des homos qui, aux yeux du Christ, sont des êtres humains dans la plénitude de leurs droits, de leur devoir de transformation positive de la société.

Pour le pasteur JBK, il ne comprend pas comment dans nos églises, ont dit que l’adultère est un péché, mais on n’exclut pas les adultères de nos communautés chrétiennes…pareil pour les détourneurs de fonds et les polygames ! Pour lui, puisqu’il en est ainsi, tirons-en la conséquence logique : « l’homosexualité est un péché » et laissons les homos tranquilles dans nos églises. (P.64) Selon le pasteur, il faudrait en même temps laisser à Dieu le pouvoir de séparer l'ivraie du bon grain. Il ne veux pas envisager l’homosexualité sur la base d’un péché, ce serait saper les fondements de la question. Il dit connaître des homos qui ne se considèrent pas comme pécheurs ou pécheresses. Ils ne se sentent pas en rupture avec Dieu. Ainsi, dit’il, « je ne vois pas leur homosexualité comme un péché », et même si c’était un péché, poursuit’il, « je le couvre au nom du Christ dans le grâce, dans la miséricorde et l’amour » (P.69). Pour le pasteur Kenmogne, l’Eglise doit tout faire aussi pour libérer la personne homosexuelle. Mais « plus que la personne dans son individualité seulement, elle doit libérer la société des structures qui rendent l’esclavage homosexuel possible ».

L’entretien se termine avec cette note d’espoir du pasteur incompris et controversé: comme cela a été le cas avec la libération des femmes, des esclaves, des noirs, le chemin sera long, mais « cette voie sera entendue à court ou à long terme ».

texte dédicacé à Joachim Ntetmen

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