A quoi joue vraiment Moustik le...charismatique?

« tu veux attirer les dragueurs et leur montrer que tu es bel. Bjr l’homosexualité. Au début on rigole mais après personne ne sera là quand tu baissera la culotte. Je t’assure que ce jr là tu regretteras tout »…(Anonyme)

Voici mot pour mot, le commentaire qu’un internaute a laissé sur une récente photo de l’humoriste Moustik, publiée sur sa page officielle. Si cette phrase sonne comme une sentence arbitrale, c’est peut-être parce qu’elle vient des tréfonds du cœur brisé d’une personne choquée par ce qu’elle venait de voir de ses propres yeux, salis sur le fait par ce qu’elle venait de d’observer. La photo telle que vous la voyez, telle que le commentateur l’a vu, s’offre aux yeux et aux esprits de différentes manières. Certains y voient un « personnage » qu’incarne l’artiste, d’autres y voient…ce qu’ils veulent bien voir. Comme notre commentateur anonyme, il ne l’a pas vu du même œil, il ne l’a pas vu d’un bon œil du tout. Et il n’est pas seul dans cette vision des choses ! Ne pouvant imaginer un seul instant dans son entendement, qu’un artiste masculin, en l’occurrence de Moustik de qui il est surement fan, puisse choisir de jouer le rôle d’une femme, aussi comiquement belle soit’elle. L’humoriste a beau se défendre, rassurer ses fans à travers des mots sincèrement choisis, se plaindre de ne pas être compris…seules se bouchent les oreilles, s’ouvrent ahurissement les bouches et étonnement les yeux, pour débiter des remarques et des critiques les unes aussi sévères et violentes que les autres.

Tout a commencé quand l’humoriste a décidé, de son propre chef, d’incarner le personnage de l’artiste de la « diasporap » qu’il a baptisé « super obamla ». Au début, sur les plateaux télés et sur les planches, il couvrait ses cheveux crépus par une greffe artificiellement naturelle. Le rôle joué avec une féminine élégance, a réussi à tirer mêmes des figures sans style, le plus joli des sourires et le plus hilarant des fous rires. Par la suite, plus le sketch était apprécié, plus l’acteur dans son rôle d’actrice était motivé a poussé plus loin l’incarnation de son rôle. On l’a alors vu apparaître vêtu de la tête aux pieds comme une bonne allumeuse, exposant ses formes généreuses que sa légère robe qui « le » serrait comme une camisole de force ne pouvait voiler. A partir de là, les langues ont commencé à se délier, et peut être même dans leurs esprits, certains ont commencé à délier leurs ceintures, et à fantasmer sur un « personnage » qui n’existe pas en réalité. Là où les choses sont allées dans tous les sens, c’est quand l’artiste humoriste a publié cette étrange photo, dans une sublime robe de mariée, déclarant son amour à un mari imaginaire qu’on a cherché sans trouver. Plusieurs ont alors fini par conclure que le jeune artiste a retourné sa veste, qu’il a baissé son charisme et son pantalon à des fins mystérieusement homosexuelles.

Si les gens se sont emballés autant les « pédales » avec une incroyable facilité, c’est bien parce qu’ils n’ont pas pris la peine de se faire violence afin d’éviter de confondre entre la personne de « Tagne Hubert Martial », l’artiste « Moustik le Charismatique » et le personnage « Super Obamla ». L’humoriste est un acteur d’abord ; et sa mission est de jouer des rôles selon les sujets qu’il veut traiter de son gré. Il serait alors incohérent pour lui, de parler d’un fou sans jouer hystériquement le fou, de traiter d’un bègue sans jouer au bègue, d’interpréter le rôle d’un vieux sans se mettre dans une vielle peau. Pourquoi pardonne t’on à Martin Lawrence d’incarner des rôles féminins dans le célèbre film « Big Mama », et on refuse à Moustik, humoriste à part entière, de faire son métier selon les sacro-saintes règles érigées par son art.

Peut’être que chez nous, il existe encore des données que nous n’arrivons pas à intégrer pour le simple fait qu’elles nous sont encore étrangères et taboues. Le fait que Moustik soit un jeune humoriste ayant le vent en poupe, surement le meilleur de sa génération, n’arrange pas les choses. Et encore, entrer dans la peau d’une dame, dans un pays où les questions de transgenre et d’homosexualité sont saintes-ni-touches, les compliquent davantage. Maintenant il est taxé de tous les noms d’oiseaux de mauvais augures, de chiens de toutes les races enragées, juste pour avoir fait son travail, et pour l’avoir bien fait. Or, on se souvient que c’est dans ce même pays où on a gratifié son confrère Major Assé, « la copine des copines », pour ses fameux rôles féminins avec une gestuelle qui lui allait comme s’il était déjà devenu lui même une femme. Mais comment acclamer les uns et accabler les autres pour les mêmes faits et gestes ? Peut-être encore que Moustik est victime d’évoluer dans un pays comme le nôtre, où on juge plus par les apparences que par la réalité substanfique même, où on mystifie tout et ne glorifie rien ni personne...Je crois personnellement que l’humoriste est dans son rôle, qu’il le joue plutôt bien, et qu’il n’a pas tord. Sauf que, comme disait Youssoupha, il a eu raison très tôt. Mais tôt ou tard, raison on finira par lui donner.

Shakespeare "la vie n'est qu'un théâtre, et chacun y joue son rôle..."

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