Bienvenue dans la dynastie des tralalas du web madein237

L’une des définitions familière du mot « tralala » que j’ai jugée assez proche de notre sujet, est celle qui le présente comme « un complexe correspondant à un besoin d’éblouir » ; des mots comme chichi ou encore simagrées entreraient dans sa synonymie, pour exprimer toute « comédie pour attirer l’attention ou pour tromper ». Depuis la mort de Kouagne Donatien, le camerounais a développé un art de la malice et de la tromperie dont il détient seul les secrets de la maitrise. Que ce soit ici ou ailleurs, nous avons un sens poussé pour ce qui est faux. Plus on fausse une personne ou une chose, la dépouille de sa vérité, et l’accompagne de mensonges vrais et surtout des vérités mensongères, plus la chose ou la personne plait. Nous vivons tous les jours dans une république de la falsifiabilité et de la mythomanie. On déteste le vrai et sommes attirés par son contraire. Au point où un ministre de la nation peut oser dire sans scrupule en plein jour, aux yeux d’oculaires témoins, qu’il y’a eu zéro mort dans un mouvement de foule qui fut cadavérique.

Le Cameroun est aux yeux de beaucoup comme un « faux pays » ! Où fleurissent les affaires des chinois juste parce qu’ils ont des produits contrefaits. Pour réussir ici, il faut se doter d’un faux nom, un faux acte de naissance, un faux diplôme. Les jeunes filles pour être acceptées, s’accoutrent de faux cheveux, des faux ongles, de faux teints, et bientôt auront des faux seins et des faux postérieurs. Les éditeurs publient des livres et sont encore les premiers à introduire des fausses copies sur le marché. Dans les lieux de réjouissance, les clients sont dupés par des faux vins, des fausses liqueurs fabriqués par les proprios, où achetés en contrebande chez les voisins de Guinée.

Pour faire passer les élèves et étudiants, on leur accorde des fausses notes. Même dans les lieux de prière, des faux pasteurs multiplient des faux miracles en falsifiant la parole même de Dieu. Chez nous on n’aime pas dire la vérité et on n’aime pas l’entendre du tout. Ni le fils à sa mère, ni l’employeur à l’employé, ni le ministre à son président. Nous sommes effrayés par la vérité comme les hommes de la caverne de Platon étaient apeurés par la lumière. Voilà pourquoi on aime se cacher, on n’aime pas se regarder. On préfère les ombres, les voiles, les mirages. Pour ne pas se voir et voir les choses en face, on choisi de se crever les yeux, car il est toujours plus important d’être vu que de voir. Dixit le rappeur Skill Papy. Les jeunes dont je refuse de nommer la tribu se spécialisent dans la cybercriminalité. Où ils créent des faux profils, pour vendre des fausses marchandises à des vraies personnes désireuses de vraies affaires.

Aujourd’hui avec la montée en puissance des réseaux sociaux, les camerounais ont une vitrine offerte pour faire leur malin et s’offrir en spectacle. Désireux d’êtres applaudis…qu’on puisse les aimer, partager leur idée, commenter tous les faits et gestes. N’ayant pas la possibilité, bon gré mal gré, d’exister véritablement dans la vraie vie, ils profitent de ce petit village virtuel pour voler un peu de souffle à respirer. Ils s’inventent une vie fictive, afin de fuir la réalité des choses sans cesse plus dure et de moins en moins facile à affronter. On se plait à débattre sur des faux sujets, à passer des journées à savoir qui est la plus belle entre Coco et Nathalie. On distille des fausses informations, que des faux journalistes relaient sans avoir le temps ni la présence d’esprit de vérifier la source ni de la traiter de la manière la plus froide. C’est ainsi qu’on passe le temps à tuer des gens et à les ressusciter en un temps record, à les hospitaliser, les emprisonner…en toute impunité, sans être ni inquiété ni poursuivi par l’autorité en place ou les victimes de diffamation.

Dans ce que nous avons qualifié de dynastie de tralala, il y’a la personne de Fingon qui porte si bien son nom, tel que nous avons pris la peine de définir dans nos propos liminaires. Il y’a quelques années, conscient du fait que les camerounais sont friands des sensationnelles et nouvelles croustillantes, il a fait passer une fausse information sur lui, qui a circulé sur la toile comme le sang circule dans l’organisme. L’info le faisait passer pour un criminel, un pédophile, un incestueux, un sorcier qui serait poursuivi par sa famille, et qu’il serait devenu fou à l’occasion. C’est quelques mois plus tard qu’on saura qu’il utilisait cela pour attirer l’attention sur son film intitulé « Le Fou », quelle folie ! Il y’a quelques jours, pensant que les mêmes causes produisent les mêmes effets, a lancé par le même canal, une autre info selon laquelle il aurait été gravement agressé dans les rues de Douala. Cette fois ci, son jeu n’est pas passé selon le scénario du metteur en scène. Certains internautes ont très vite reconnu le faux sur cette photo. La présumée victime a donc couru pour aller publier sur son mur que cette photo est bel et bien celle d’une scène de son prochain film. Comme on dit chez nous il s’est tué et est mort dans son propre film. Après avoir fait dépenser les pleurs des uns, les compassions et les prières des autres.

Comme si cela ne suffisait pas, on apprend par les mêmes réseaux, que le jeune artiste Dynastie serait dans un piteux état de santé. La photo qui accompagne l’info le présente souffrant paisiblement dans son salon, semblant réclamer les dons de prière de ses fans. Si la photo a été postée dans le but du tralala, elle a été faite dans l’ignorance totale de son revers. Tout ceci fait montre de la société dans laquelle nous évoluons et les individus qui l’investissent au quotidien. Où nous n'arrivons plus à distinguer les valeurs des artifices, le vrai du faux, le bon du mauvais, où nous sommes pressés pour réussir et être sous les feux des projecteurs. Voilà que plusieurs me croiront si je dis que j'ai laissé sciemment les fautes dans ce texte, juste pour voir ceux qui me diront la vérité, si oui ou non je parle avec la langue de Faux-ning.

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