Ce que diront les facebookeurs après avoir vu la vidéo de Stanley Enow et AKA (bounce remix)

Les camerounais sont des maitres incontestés dans l’art de maitriser l’art d’autrui mieux que leur propre vie. Cette attitude est assez visible en ce qui concerne le football. Durant les matchs, ils se transforment tous en entraineurs attitrés. Si bien que mêmes ceux qui n’ont jamais tiré dans un ballon, lapident les joueurs derrières leurs maigres et petits écrans, et dans leurs tribunes. Ils critiquent le positionnement du joueur, lui dictent sa manière de courir au stade, de jubiler les buts, descendent les choix des coachs, et font même jouer dans leurs têtes pleines d’idées les joueurs qui ne sont même pas sur la liste du match. La maxime selon laquelle la critique est facile mais l’art difficile n’a pas toujours ici de logique.

En ce qui concerne la musique, c’est chose pareille. Les auditeurs, mélomanes, quelques admirateurs et haineux, tout le monde à voix au chapitre quand il s’agit de donner son avis sur l’œuvre d’un artiste. Mais des avis personnels qui se transforment d'un coup en vérité générale et en cours magistral. Ils deviennent tous des critiques littéraires et des journalistes culturels, même sans référents ni aucune base acceptable de données dans le domaine. La pensée qui stipule qu’il n’ya que l’artiste pour juger de l’œuvre d’art se trouve lettre morte chez nous. C’est tout le monde qui dit comment tel artiste devait chanter dans telle chanson, comment il devait l’écrire et dans quelle langue, avec qui il devait la chanter et même avec quel producteur il devrait signer.

Le plus étonnant dans le fait, c’est que dans le lot de ces experts en la critique, se trouvent des artistes eux mêmes. Plusieurs d’entre eux, qui patrouillent dans les rues de leurs nuits blanches à chercher les bons rêves à réaliser le jour, se permettent de tirer à boulets rouges sur la carrière de leurs pairs artistes. Ce qui est encore plus drôle, c’est que ces artistes qui ont échoué, et qui malgré de nombreuses tentatives continuent d’échouer, donnent quand même des cours de réussite à ceux qui sont sur la voie déjà de la réussite.

Dans la musique urbaine, si un artiste a autant souffert de ce type de coaching inepte, c’est bien StanleyEnow. Il a eu la grâce d’être celui qui a ouvert la voie royale à l’exposition internationale du Hip Hop camerounais. Et de ce point de vue, étant seul au sommet, tout le monde a pensé avoir droit sur lui, et d’avoir droit à une partie de son succès. Plusieurs ont même avoué avoir été à l’origine de son envol, et qu’ils peuvent le descendre à tout moment. On a tout reproché à Stanley, critiqué ses choix, ses musiques, ses voyages, ses amitiés, son écriture, son sourire, ses grimaces…

A chaque fois qu’il a produit une œuvre musicale, les voix se sont toujours élevées de leur basse cour pour dire ce qu’elles auraient aimé voir. Dans Hein Père, ces mêmes gens ont été offusqués de ne pas y voir les beignets haricots. Ils auraient même aimé voir jean Miché Kankan sortir de sa tombe et donner son marigo à Stanley. On l’a critiqué quand il a fait son vidéogramme en Afrique du Sud, en France. « il veut montrer qu’il est arrivé ? » « il chante la rue mais va faire quoi à paname », « pourquoi il n’a pas voyagé avec Shamack ? »

Il vient de tourner une autre vidéo en Afrique du Sud, de son remix Bounce, avec l’un des meilleurs rappeurs d’Afrique du nom de AKA. Le son à la base a été fait avec Locko, ce qui a bien aidé le jeune artiste à se faire connaître. Personne de bonne foi ne peut le nier. Aujourd’hui, dans un élan personnel, qui lui est propre, avec toute son équipe, Stanley décide de faire le vidéogramme de la musique, en feat avec Aka. Il se peut que Locko ne soit pas dans la vidéo. Mais reste à l’audio au refrain. Les gens se demandent déjà pourquoi il n’a pas voyagé avec Locko pour l’Afrique du Sud, pourquoi il n’a pas filmé Locko ici au Cameroun, pourquoi, pourquoi. S’il fait ça on va encore le détester, pourquoi maintenant il laisse Locko de côté, pourquoi il fait ça pourtant Locko en a besoin pour s’exporter…Ils le diront, ils le disent déjà...comme ils maitrisent si bien la vie privée de ces artistes, jusqu'à leurs comptes bancaires, leurs problèmes personnels, et même leurs calendriers...

il est 22h53 et toutes ces questions sont à dormir debout.

PS: je ne me suis pas relu

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