Nos jeunes artistes devraient arrêter d'investir sur la chance

Depuis le début de cette année 2016, pour utiliser la méthode de la très courte durée, les jeunes artistes camerounais s’investissent de plus en plus dans la musique dite urbaine. Plusieurs d’entre eux y sont depuis bien des années, au point de vouloir en faire leur métier. D’autres aussi, plus ou moins nombreux, n’hésitent pas à se lancer dans l’aventure. La musique semble offrir aux jeunes de ce pays pauvre et endetté, ennuyeux et fade, une ouverture, une plate forme d’expression, qu’ils s’empressent à occuper avec force. Il suffit qu'un piètre chanteur soit à proximité d’un studio d’enregistrement pour réveiller en lui une carrière d’artiste. Il suffit d’avoir quelques ouvertures dans les comptes bancaires et les médias pour qu’un triste artiste soit présenté comme la révélation de l’année. L’avancée de la technologie et quelques opportunités provoquées, donnent le courage et la foi à certains de penser que tout le monde peut devenir le fils de papa Wemba.

A peine commencé, c’est chacun qui veut faire la chanson qui cartonne, le clip vidéo qui sera diffusé à longueur de journée dans les chaines bien situées; qui veut les milliers de fans, les millions de vues, et voir son nom en tête d’affiche des plus grands concerts ici et ailleurs. Tout le monde est convaincu que sa prochaine chanson sera une tuerie et qu'il sera nominé aux victoires de la musique. Ils l’annoncent bien à l’avance, en prévenant autant de personnes qu’ils peuvent…Mais au moment même où ladite chanson voit le jour, où elle est diffusée, l’ouragan qu’on attendait passe comme du vent. Malgré les multiples campagnes de promotion, d’agression même à la limite jusque dans l’espace privé des gens, le chef d’œuvre tant attendu ne fait bander personne.

C’est ainsi que les œuvres qu’on qualifierait difficilement d’artistiques, se succèdent les unes après les autres, formant au passage un chapelet d’erreurs non corrigées, d’obstacles non surmontées, et de médiocrité non assumée. Ne voulant apprendre des échecs de personne, tout le monde s’affiche comme étant l’artiste accompli et sans fautes, qui viendra marquer l’histoire de la musique du fer rouge. Ne voulant aussi s’inspirer des minimes réussites de quelques uns, personne ne veut combler ses propre lacunes. Sans aucun auto-contrôle, aucune auto-évaluation, les jeunes artistes se plaisent à rendre public des œuvres qui n’auraient jamais dû voir le jour. Mais comme nous sommes dans une société scatophile, hypocrite et médiocre, il y’a toujours des gens qui sont là pour valider, et vanter ce qui mériterait plutôt une lapidation et une déconstruction pure et simple.

Je suis en droit de me poser la question de savoir ce qui motive vraiment les jeunes artistes à continuer à mener une activité qui ne leur réussit pas ou pour laquelle le destin ne leur a pas accordé la faveur. C’est pour cette raison qu’ils multiplient les actions, diversifient bêtement des styles musicaux, sous le prétexte qu’"on ne connaît pas le cailloux qui va tuer l’oiseau". Rien que pour un projet musical, de la production à la promotion, un jeune dépense au minimum 1 million de FCFA. D’autres investissent plus du double voir même le triple. Or la musique, comme toute affaire, est un investissement. L’argent qu’on y dépose n’est pas une collecte du dimanche qui nous sera rendu aux royaumes des cieux. Il faut un retour sur investissement, et des bénéfices. Mais plusieurs, 8/10 d’entre eux, dépensent un argent qu’ils n’arrivent jamais à récupérer même de tiers. Ils produisent des disques qu’ils ne vendent pas, et ne sont malheureusement conviés à aucun concert ni projet musical rentable.

De quoi vivent’ ils à la fin ? Surement d’espoir et d’eau fraiche, et d'un peu de piment dans la sauce. Mais tous les jours sur facebook, « ils vous mentent qu’ils touchent les ronds pourtant le nguémé les rongent ». car ils enrichissent plutôt les hommes de médias, les chaines de télés, youtube, google, facebook, les faiseurs de vidéo, les infographes, les photographes, les promoteurs...

« Soyez plutôt maçon, si c'est votre talent, Ouvrier estimé dans un art nécessaire, Qu'écrivain du commun et poète vulgaire » Nicolas Boileau

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