Pangalang : ce fameux bruit que font nos rappeurs à la quête du buzz

Les spécialistes du marketing vont m’excuser d’avoir dans la même phrase posé le mot « bruit » à côté de celui de « buzz » pour essayer de parler de deux choses différentes. En réalité, dans le fond, je veux dire de manière originelle, le buzz fait échos du bruit. A la base, du bruit que font les abeilles dans leur déploiement. Ce bruit se nomme le bourdonnement. C’est une sore de bruit parasite, qui dérange, qui perturbe, mais qui ne laisse personne indifférent. C’est donc un bruit qui n’a pas pour ambition de tourner autour des oreilles, de pénétrer l’une et sortir de l’autre, mais de s’installer dans l’esprit du récepteur, ici pris pour le consommateur. C’est n’est donc pas un bruit passager, un bruit furtif, du vent , comme celui d’une simple et légère note de musique.

On a toujours pensé que la musique des rappeurs faisait plus de bruit qu’autre chose. Mais depuis un certain temps, ceux qui s’y investissent, veulent proposer comme le dit Médine « du bruit qui pense », du bruit qui parle, du bruit qui se vend. Plusieurs ont donc essayé de donner un peu de soin à leur image, de diction à leur voix, de teneur à leurs textes, et d’esthétique à leur attitude. Tous visent l’international, rêvent d’une tournée soit disant européenne, des hit parade dans les plus grands médias, et des millions de vues sur youtube. Ils ne s’épargnent pas de solliciter de nombreux likes et partages sur leurs publications soit sur Facebook, sur twitter ou Insta.

Mais ce que nous pouvons constater avec amertume, c’est que les fruits n’ont pas tenu la promesse des fleurs. Les résultats n’ont aucun respect pour les grandes ambitions des gars. Avant la sortie de chaque projet, chacun annonce qu’il sera le nouveau phénomène de la musique, que ce sera la nouvelle tuerie qui va tout déchirer. Sauf qu’au sortir de là, les auditeurs semblent plus mourir de rire qu’autre chose. Chaque rappeur, désuète ou en commencement, se prononce comme celui qui viendra sauver le rap. Il est convaincu que le prochain buzz sera lui. C’est ainsi que les gars alignent projet après projet, font une succession d’invention afin de sortir de l’imaginaire « du jamais vu », « du jamais entendu ». Ils ne dorment pas dans les studios en quête de la formule magique qui fera naitre la prochaine star. Ils disent que le projet qu’il prépare sera la « grosse pâte », mais quand on ouvre la marmite… "pangalang".

Ce n’est pas que tous manquent de talent, ce n’est pas qu’ils ne font pas de la bonne musique non plus. Mais on a comme l’impression que le figuier du rap est maudit et qu’il ne reste plus qu’à le couper et le jeter dans le feu de la géhenne. Mais il existe aussi des malédictions choisies, celles qui émanent de nous, et donc nous pouvons répondre par nos propres actes et s’en délivrer. Mais pour pouvoir se guérir d’une maladie, il faut déjà en être conscient, et faire le premier pas vers le chemin de la restauration, de la délivrance. Les rappeurs ici semblent porter leur carence comme d’un trophée, une brillante médaille.

Internet est désormais saturé d’un semble de bruit rapologique, qui polluent les ondes, et pullulent les oreilles de part et d’autre. Ici chez nous, comme le pensait Henning Mankell, « les bruits paraissent contraints de faire la queue avant d’être autorisés à entrer dans le silence ». Ils confondent les ennuis des studios à des œuvres artistiques, prennent des vessies pour des lanternes et donc du bruit tout fait pour du buzz. Le buzz sans offre marketing répondant à un besoin exprimé par la demande, n’est qu’un mort né dans le berceau de nos nombreux cimetières remplis de talents incompris et inaudibles. C’est comme si tous ces projets n’étaient fait que pour meubler le décor culturel, pour amuser la galerie.

Car depuis que les chiens du rap aboient, la caravane du vrai buzz, du véritable show bizz ne fait que passer pour accoster chez ceux qui ont compris qu’on ne fait du bruit que pour attirer vers soit de l’attention, des faveurs, et non pour empester les oreilles, blesser les gouts, et chasser loin de soi les occasions décisives d’envol. Tel le bruit d’une marmite chauffante mais vide à l’intérieur, qui arrive comme un tremblement de terre mais fini par s’estomper de son propre calme moribond, ainsi nos rappeurs ne savent que faire ceci : « pangalang ». Et puis un point c’est tout.

Ocla « mon frère depuis que tu fais la musique tu ne wanda pas qu’on ne te know pas ? Tu es là tu chantes tu chantes tu ne wanda pas que même tes frères ne te gèrent pas ? »

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