Ce « salut » présidentiel nous vient du 7e ciel : allons et branlons-nous !

Ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de trainer nos politiques dans une si puante boue. Ils sont tellement fermés dans leurs cercles vicieux, qu’il est difficile pour nous de leur serrer la main, ou même de les toiser. Nous vivons là dans une sorte de nouvelle dictature où l’Un est distant du Reste. Tout ce qui intéresse ceux qui sont au pouvoir c’est d’y rester, d’y mourir, de l’emporter avec eux outre-tombe, ou de le céder à leurs enfants. C’est la raison pour laquelle ils passent le clair de leur temps à accumuler les richesses, sous fonds de détournements de la chose publique, de la chose d’autrui, de celle des gens. Ils font tout type de sacrifices, les uns aussi vicieux que les autres, pour multiplier leurs vies. C’est pour ça qu’ils multiplient sans cesse les femmes, les concubines, les courtisanes, les voitures, les villas, les entreprises…dans lesquelles ils se renouvellent et se donnent l’impression d’être plusieurs en seul.

Le « geste salutaire » qu’a effectué le ministre des sports au quartier général de tous les pouvoirs : politique, économique, militaires, mystiques, intellectuel…est une manifestation de la théâtralisation de la vie politique telle que nous la vivons depuis plusieurs décennies. Comme à l’époque du Roi Soleil, le palais d’Etoudi est une vaste cour au milieu de laquelle chaque ministre vient jouer la comédie et repartir. L’idée ici est d’égayer le roi qui s’ennuie chaque jour sous le poids de l’âge et du travail, dépassé par tous les chantiers qu’il a en face de lui et par l’incapacité de se mettre dans la peau d’Hercule ni même du plus noble maçon. Il passe ses journées à paresser dans sa cage, et prend chaque cérémonie officielle comme un moment privilégié de divertissement. Et à toutes les occasions, ses comédiens et griots qui tiennent lieu de ministres et de collaborateurs mettent sur pied de nouvelles mises en scènes pour l’emballer dans une nouvelle joie.

On dirait que dans ses nominations, comme un bon metteur en scène, il fait un casting judicieux des meilleurs bouffons. On l’a vu rire des simagrées de Mendo Zé lors du comice agropastoral d’Ebolowa. Voulant montrer au chef d’orchestre qu’il mérite toujours sa place sur la scène et non dans les vestiaires ou les gradins, il a aligné une série de valses corporels frisants le ridicule le plus bas. Mettant en oubli son statut de professeur de haut niveau, de grand maître de chant, et de musicologue hors pair. Que dire du latiniste Fame Ndongo, que les étudiants appellent affectueusement le « fameux » pour son extraordinaire bagage intellectuel ? Mais quand il s’agit de défendre les intérêts du roi il perd toute la raison et tout bon sens. On le voit s’exposer dans les meetings vêtus de la tête au pied des effigies du roi, peut-être que même jusqu’aux sous vêtements. Le tissu de son parti qu’il défend bec et ongles semble habiter non seulement son corps mais aussi son esprit. Tchiroma le farouche opposant d’hier, s’est mué en le plus grand apologiste de la cour. Toujours au rebond du bon discours pour justifier celui qui est depuis plusieurs décennies devenu injustifiable.

Nous sommes en plein là dans une sorte de « politique de l’atalaku ». Chacun essai de se faire remarquer, et de gagner les points. Cette récente mise en scène du ministre des sports, en exécutant sa révérence au roi en est la plus haute révélation. On dirait qu’ils se reprochent tous de quelque chose. Comme des grands enfants qui font des gaffes chaque jour à la maison, et essaient en tout temps de flatter le père pour échapper à une éventuelle punition. S’ils peuvent se livrer avec autant de béatitude et de sottise devant les yeux de tous, que dire alors de toutes les vilenies et les courbettes dont ils sont capables en privé. Un ministre est un serviteur de son peuple, et non un valet de celui qui l’a nommé et qu’il tient pour créateur et chef suprême.

C’est ce désintérêt notoire envers les citoyens qui pousse ces derniers à ne manifester aucun respect ni considération envers ces politiques. C’est pour ça que je nomme donc ce geste ridicule du ministre des sports, grand acteur de théâtre et arrangeur de foule, de « salutaire ». Les jeunes l’ont reçu comme une manne tombée du ciel. Comme une sorte de jubilation, une profonde caresse, éveillant les sens, et les poussant jusqu’à l’orgasme le plus expressif. C’est une forme de catharsis qui leur a permis de se libérer un peu de nombreuses frustrations accumulées depuis quelques temps. Le stress des fins d’années, les flous mouvements d’humeurs dans la partie anglophone du pays, la défaite des Lionnes à la CAN elle même jonchée de nombreux travers.

Ne pouvant pas aller pisser devant le ministère, y jeter des pierres, barricader les voies des planches tirées des kiosques et magasins détruits, cracher sur les voitures blindées, ou encore passer dans les médias pour les injurier de la plus bestiale des manières, les internautes camerounais ont procédé à ce lynchage symbolique. Depuis quelques jours on remarque bien qu’ils en jouissent et qu’ils s’en réjouissent. Ça leur permet au moins d’éjaculer quelques gouttes et de frôler l’orgasme. Mais il faut plus que ça pour provoquer une possible gestation d’un quelconque changement. C’est pour cette raison que je le vis comme une profonde masturbation.

Quand on manque l'occasion de monter sur une fille et de jouir sur elle, tout ce qui nous reste c'est l'idée de la branle. Ne remplaçant en rien l'acte d'amour avec le sexe opposé. C'est pour cette raison que plusieurs ont recours au viol. Mais nous n'avons pas cette force. On croit niquer le système, mais nous sommes juste en train de nous branler. Juste pour se purger d’un long instant de jachère, et après on retombe dans la solitude et manque d’antan. C’est clair que quelque chose nous manque, mais personne ne sait encore comment l’exprimer. On a beau manger, boire et faire, parfois même abusivement, mais rien toujours ne va.

Alors après avoir fini de se moquer d’eux dans le virtuel, ils continueront à nous faire ça par derrière dans le réel. On a beau les prendre pour des comiques qui se livrent au théâtre ridicule, nous en sommes des spectateurs, c’est nous qui payons le ticket d’entrée, c’est eux qui en bénéficient. Ils ne sont pas fous, ils savent ce qu’ils font !     

Retour à l'accueil