J'offre un « micro pénis » à Mani Bella pour lui apprendre à « chanter » sur une bite

Ce qui est magnifique avec l’art c’est qu’il est essentiellement vrai. Et comme la nature a horreur du vide, l’art a horreur de la ruse. Il n’aime pas la fourberie, le mensonge, le déguisement. Chacun a beau venir se présenter comme artiste, juste pour avoir posé sa voix sur une musique, et rassemblé des images pour en faire une vidéo. Le hasard peu faire d’une triste mélodie la chanson de l’année, et d’un chanteur banal l’artiste le plus en vue. Mais un moment viendra, et ça arrive parfois très rapidement, où l’art se lève pour demander des comptes. Et lorsque quelqu’un n’est pas capable de répondre à ces exigences, il tombe tristement dans l’oubli, dans le ridicule, dans le trou du cul noir de la médiocrité, de l’impopularité.

C’est ce qui arrive à la musique camerounaise de ces dernières années. Mani Bella vient encore de nous le prouver. Sortie de nulle part, elle s’était révélée au grand public avec une chanson sans « tête ni queue », une musique « pala pala » pour parler vulgairement. Elle a réalisé des records sans précédents, reçu des prix ici et ailleurs, aligné des interminables dates de spectacles, signé de contrats importants comme égérie des marques, marqué d'une empreinte forte l’esprit des enfants de la maternelle et du primaire. Les fêtes et tout type d’évènements vibraient au rythme de cette chanson qui au fond ne voulait rien dire. Mais elle a compris comme plusieurs que pour se faire écouter ici, pas vraiment besoin de dire quelque chose. Ce public n’écoute qu’un seul langage, celui du bruit : bruit des hurlements au lit, des gémissements, des bouteilles de bières, des coups de pilon dans le mortier, et des orgasmes.

Après avoir disparu de la scène comme tout artiste dépourvu des dons de l’art, elle a voulu faire son « comeback ». Elle pensait vraiment qu’on attendait son retour, elle croyait vraiment que le public avait remarqué son absence et qu’elle lui manquait. Elle avait oublié que dans cette « république du piment » ce n’est pas du sexe et de la jouissance dont on peut vraiment manquer. Des musiques qui en célèbrent les vertus pleuvent tous les jours sur les ondes et les écrans. Ainsi, un artiste qui baigne dans ce type de style musical, n’est qu’un de plus dont’ on ne tardera pas à s’en débarrasser. Ce type de musique, n’est fait que pour la jouissance. Et comme toute jouissance est éphémère et furtive, l’artiste passe avec et on passe à autre chose.

C’est de cette triste façon que Mani Bella a été jetée à la poubelle du public. Cette poubelle dans laquelle loge un grand nombre de cantiques au piment. Elle a voulu revenir, et prouver qu’elle a toujours été dans l’esprit des gens. Elle a essayé plusieurs fois, mais le succès n’était pas toujours au rendez-vous. Elle a donc pensé qu’il fallait appliquer les mêmes formules d’hier pour avoir les mêmes résultats. Elle a pensé que le « piment » n'était que la seule recette pour un tube de saveur. Et qu’en faisant quelque chose ayant trait à la sauvagerie et la débauche, la mayonnaise allait prendre, et le buzz ensuite. Elle a agit là comme une ex, qui pense que pour récupérer son homme, il faut passer des heures à lui sucer la queue, lui proposer des gâteries aux allures pornographiques, et inventer des pichenettes dans tous les coins de la maison. Or quand il aura fini de te niquer, il ira voir ailleurs. La vérité c’est donc : tout n’est pas que le ventre et le bas ventre.  

Elle a pensé que c’est la période des fêtes, et que c’était le bon moment pour revenir, en surfant sur la vague épicée. Et je crois qu’elle s’est mordue les doigts et qu’elle a retenu la leçon : l’art a horreur de ce mensonge. Penser que le public n’est que scatophile et qu’il faut chaque fois lui servir de la merde relève tout simplement d’un haut niveau de manque d’inspiration. N’avoir en tête que le thème du sexe, de la bière, du festif dans l’instant d’écriture, fait montre d’une carence d’esprit artistique. Et cette inspiration ou cet esprit ne peut naitre si celui ou celle qui se dit artiste ne se cultive pas assez. Il faut, pour espérer durer dans le temps, être remarqué et marquer les esprits sur la durée. Il faut donc se munir d’un minimum de culture et de bon sens.  

Un vrai artiste peut faire des véritables chansons même en surfant sur les thèmes issus de la banalité. Mais quand il est même incapable de produire une bonne chanson, agréable au goût et digne de ce nom, il faut juste l’essuyer de souillures, jusqu’à ce que la honte lui rabatte le caquet. A moins que cette honte soit, comme c’est déjà le cas, longtemps vendue au chien. Ainsi, on a beau aboyer, la caravane de la sauvagerie passe sa route, et continue de passer sur le marché. Mais jusques à quand ?  

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