Le cuisinier Biya a mis la République dans sa « sauce »

On a qualifié Gbagbo de « boulanger » pour sa capacité à rouler ses adversaires politiques et son peuple dans la « farine », comme le pot entre les mains d’un savant potier. Aujourd’hui, après l’avoir surnommé d’homme lion, Paul Biya va recevoir le titre de « chef cuisinier ». C’est un grand chef, pas seulement pour sa royauté dans la république devenue chefferie traditionnelle, une satrapie moderne ; mais pour sa capacité à faire un savant dosage, année après année, dans la sauce qu’il prépare depuis plus de « 33 ans ». Chaque jour il fait comprendre aux camerounais que la sauce est prête, qu’il a vu « le bout » de la cuisson, qu’il manque un condiment qu’il faut augmenter, un peu de sel…parfois il la fait goûter aux uns et aux autres, mais personne n’a jamais été servie, ni invitée à la table.

 

Personne ne sait véritablement de quoi elle est composée. Le peuple voit seulement la marmite à « trois pieds », sur un feu de bois inextinguible.  Parfois le chef cuisinier ouvre le couvercle, et laisse échapper les odeurs, que le peuple affamé hume avec tout le plaisir du monde. Mais le chef cuisinier reste là, près de la marmite, dans sa cuisine bien gardée, à concocter ce qu’il apprête à nous servir on sait quand. Le président de notre « république du piment » peut donc servir de modèle pour un travail de recherche sur : comment cuisinier son peuple…dans la sauce !!!  

 

Depuis qu’il est au pouvoir, l’homme Lion a déjà réussit à moult reprises la démonstration de sa puissance en tant que grand maître dans l’art de la ruse et de jonglerie politique. Durant tout son règne, selon le vœu de Machiavel, il a su être à la fois « Le lion » et le « renard » selon les circonstances. Ses nombreux moments de silences ont été critiqués mais ont toujours tourné en sa faveur. La diplomatie de la prudence qui caractérise ce régime a placé le Cameroun plusieurs fois comme un pays stratégique dans les jeux de pouvoirs des relations internationales. La sagesse avec laquelle il a pu gérer la crise de de la péninsule de Bakassi, des otages français, du Boko Haram, est devenue un cas d’école en la matière. Depuis la fin des années 70, le Cameroun est un ilot de paix entouré d’une marée de crises politiques infinies, entretenues par ses voisins qui ne cessent de briller par des guerres intestines et par l’instabilité politique.

 

Il a pu déjouer les multiples tentatives de renversement au plus haut sommet de l’Etat. Avec un art exemplaire, il a gagné le combat qui l’opposait à son illustre prédécesseur, et dans lequel il était annoncé perdant à l’avance. Au lendemain de la tombée du mur de Berlin, la montée en puissance des mouvements contestataires pour l’avènement du multipartisme, il va réussir un autre tour de magie. Alors que les autres dictateurs subissent malgré eux la sentence populaire avec les « conférences nationales », il a mis sur pied les rencontres « tripartites » dans lesquelles ses opposants de la première heure se sont définitivement noyés…dans la sauce !!!

 

Depuis lors, il est le seul maitre du jeu politique. Il fait la pluie et le beau temps. Malgré les contestations régulières lors des élections, il a toujours largement été le vainqueur, et il s’en est toujours vanté. Ses opposants les plus farouches sont devenus au fil du temps ses proches alliés. Plusieurs ont rallié son parti, quelques uns ont quitté le navire, mais ne pèsent pas du tout. Il a avec lui les plus brillants cerveaux de l’Afrique au sud du Sahara dans toutes les disciplines. Chacun d’eux devient un simple diplômé auprès du roi et n’arrive plus à faire usage de son savoir. C’est comme si le sérail était une mosquée, dans laquelle, les fidèles du régime déposent leur cerveau à la porte avant d’entrer. Pour louer leur dieu, leur « créateur » et prier son saint nom…dans la sauce !!!  

 

Le président de la république sait toujours mettre le piment pour donner du goût à l’odeur de sa sauce, même quand elle est amère, et mer à boire. Le peuple camerounais en paye tous les jours les frais. Ses rares sorties publiques font de lui un être fascinant, à la limite christique. Qui éblouit à chaque fois qu’il apparaît, et semble être transfiguré à chaque fois. Pour une fois encore, devant les crises internes de février 2008, et les actuels mouvements d’humeurs dans la partie anglophone, il su faire preuve de magie….dans la sauce !!!

 

Chaque fois on lui prédit à chute, et à chaque fois il dévie les pièges. Comme disait le psalmiste, il est plus sage que ses ennemis, il déniche leur plan avant même qu’ils ne soient tracés. On l’a même annoncé mort et enterré, et il a donné rendez vous dans une vingtaine d’années. Il est doté d’une certaine assurance qui frise l’orgueil démesuré et énerve ses adversaires. Il a dit que le Boko Haram va tomber, il a dit que le Cameroun est Un et indivisible. Et toutes ses prédictions semblent ‘accomplir comme il l’a résolu. Comme le prophète Isaïe le disait, c’est comme si sa parole ne retourne jamais à lui sans avoir accompli sa volonté. Le pire dans ce type de régime, c’est quand il commence à être fascinant….dans la sauce !!!

 

Il sait profiter de chaque occasion, même les plus minimes pour rallier et assagir les plus rebelles à sa cause. Alors que tous ses adversaires ont voulu profiter de la crise dans la partie anglophone pour le faire tomber, la brillante prestations des Lionnes à la CAN 2016, et la victoire des Lions à la CAN 2017 sont venues plaider pour lui. Pour les premières, les selfies sans précédents de la première dame ont défrayé la chronique, faisant même oublier le drame d’Eseka. Oui on a déjà oublié, on l’a oublié. Pour les secondes, son discours court de 5 minutes a pu, à lui tout seul, remporter une bataille dans laquelle on voulait le noyer. Et là, on va encore oublier que nous sommes dans les problèmes et qu’il faut les résoudre….dans la sauce !!!

 

Comme disait Owona Nguini, Biya semble avoir avec lui un fétiche qui rend tous ses discours mystiquement attractifs. Les mots sont savamment choisis, et marquent toujours d’un fer rouge les esprits. Il faut peut-être lire le livre « les proverbes de Paul Biya » du chantre philosophe pour mieux le comprendre. Le président a la recette, il connaît sa tête sur ça…depuis 35 ans le père ??? Comme il l’a dit dans son discours : « rien ne pourra arrêter le Cameroun », il voulait dire rien ne pourra arrêter Biya. Il a pris la sauce de Reniss, la chose d’autrui, et en a fait sienne, c’est désormais la sauce de paâh Paul…

 

 

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