Ce que Maahlox n’a pas compris !

La popularité : Maahlox a compris que pour être un artiste populaire au Cameroun, il faut le bon couloir choisir et y rester : Celui de la vulgarité, avec des thèmes tous cueillis dans le champ lexical de la débauche et issus du recueil de la sauvagerie la plus bestiale. Avec des musiques destinées aux carrefours : comme les bars, les snacks, et les boites de nuits. Les lieux où les camerounais s’entassent pour flatter leurs appétits charnels. Ces hauts lieux de la manifestation de la république du piment, avec le « manger », le « boire » et le « faire » pour devise. Dans ces lieux, on vient pour dépenser le corps et l’argent, il n’y a pas le temps pour penser. Il faut donc des hymnes qui accompagnent ces moments, des « chansons qui retirent l’alcool dans le corps » comme le disait Ocla. De ce fait, l’esprit qui est au fond d’une bouteille n’a pas le temps de juger de la qualité du son, du style de l’écriture, du flow de l’artiste. Il veut seulement danser, coller, appuyer et bander.

 

La distraction : le rappeur a compris qu’un artiste doit pouvoir rester dans l’esprit de ses fans, par tous les moyens nécessaires. Qu’on l’insulte ou qu’on le loue, l’important et qu’on le remarque. C’est la raison pour laquelle, à la moindre petite occasion, Maahlox utilise son arme favorite, son clavier, pour créer l’évènement sur la toile. Au fond, il peut ne pas avoir raison de parler, mais il le fait pour qu’on en parle et que son nom reste dans l’esprit des gens. Et qu’on détourne l’attention soit sur une de ses mauvaises performances dans une musique ou sur une scène, soit qu’on puisse oublier qu’il n’est plus dans le fil de l’actualité et qu’on le remette à jour. C’est ainsi qu’il peut provoquer n’importe qui, et dire n’importe quoi pour arriver à cette fin. Et il s’arrange lui-même d’être dans les commentaires pour toujours envenimer la situation et maintenir la flamme.

 

L’intimidation : C’est ici que j’ai vu en Maahlox un grand lecteur de Machiavel, c’est peut-être un fait du hasard, c’est rare de voir les rappeurs s’asseoir pour lire un livre. Car dans le livre intitulé « Le Prince », à la page 79, il donne une règle assez claire : « Un Prince doit se faire craindre de manière que, s’il ne se fait aimer, il ne soit point haï ». Maahlox a compris que malgré tout il n’était pas aimable pas tous, ce qui est plutot normal. Sachant qu’il ne pouvait empêcher cela, il a mis sur pied cette technique de Machiavel. Museler tous ses adversaires, les insulter jusqu’à leurs mères, et montrer aux yeux de tous qu’il n’a peur de rien ni de personne. Aujourd’hui, plus de mauvais commentaire sur sa page, et ses collègues rappeurs, même s’ils ne l’aiment pas, font semblant de l’aimer, mais ne peuvent essayer de le haïr. Pour eux, tout ce que Maahlox fait est bon !

 

La victimisation : Cette règle il a dû la copier chez Nathalie Koah, qui a réussi à l’appliquer à la manière la plus juste. Montrer aux yeux du monde qu’elle est seule contre tous, du coup, elle a besoin qu’on la soutienne. Ainsi, Maahlox se pose comme l’homme à abattre, comme celui qu’on n’aime pas, qu’on ne récompense pas. Il laisse dire par exemple qu’il n’a pas besoin de la couronne, pour que si un jour on le voit sans couronne qu’on comprenne juste que c’est parce qu’il a refusé. Il s’oppose aux récompenses pour que si un jour on lui demande ses trophées qu’on comprenne qu’on le lui a refusé par jalousie. Il entre en guerre contre « certains » caciques du système pour que si un jour on ne l’appelle plus sur certaines scènes, qu’on comprenne que le système est contre lui. Et que si jamais on continue à le voir « briller », qu’on sache que c’est par ses propres forces.

 

Mais ce qu’il n’a pas compris, c’est qu’il y’ a des choses qu’on ne peut pas comprendre : le public, ses appétits et ses attentes. On croit le maitriser, mais en fait c’est lui qui commande avec ses caprices. La rue qu’il dit représenter va le renier, la société qu’il prétend peindre va l’éjecter. Et il peut finir par devenir littéralement « fou » ! Le moment où il va comprendre que le film dans lequel il se vantait d’être l’acteur principal, ce n’était pas lui qui avait écrit le scénario. Il était un simple acteur dans une pièce de théâtre et le public attendait patiemment que la pièce se termine pour retourner à autre chose. Qu’il était la simple marionnette, et que ce sont les autres qui tiraient les ficelles. Il faut donc anticiper dessus, et se créer un personnage nouveau, chanter des cantiques nouveaux, se frayer des champs nouveaux, pour contourner cette défiguration qui s'annonce depuis peu. Arrêter d'être une marionnette qui répète les gestes du public, et se poser en créateur de valeurs et en producteur d'idéaux sociaux. le véritable artiste est celui que la société copie.

Comprendra qui pourra…

 

(la suite avec Tenor, Franko, Stanley et Jovi...)

Retour à l'accueil