REPUBLIQUE DU PIMENT : tentative de synthèse par Ben Aboubakar

Le jeune auteur camerounais Félix Mbetbo vient de commettre un ouvrage intitulé la république du piment. C'est un livre de de 115 pages sous titré chroniques épicées d'une société qui se cherche, qui met à nu la culture bestiale et jouissive qui semble aujourd'hui structurer les habitudes et les modes de penser au sein de la société camerounaise. cet ouvrage frappante de simplicité et de pertinence est paru aux éditions du Muntu en février 2017 L'ouvrage de Felix Mbetbo comporte 3 parties,13 chapitres ,une introduction et une conclusion. C'est un florilège de 13 chroniques sur la société camerounaise ou la culture du piment a pris racine dans les habitudes ou les mentalités.

 

Le piment à la vérité n'est qu'une façon très métaphorique de désigner sans les nommer les plaisirs charnels liés au tryptique <<manger, boire et faire >> Le piment renvoie donc au sexe ou tout autre chose ayant un lien avec la bestialité. Le piment est devenu selon l'auteur la chose la plus convoitée et pour laquelle on serait prêt à tous les sacrifices. Dans la première partie de l'ouvrage,l'auteur met en lumière la désacralisation du sexe dans nos institutions à savoir la famille, l'école et même l'église qui sont devenues à ce jour des hauts lieux de la perversion sexuelle. Les préoccupations sont désormais moins portées sur la sciences et la culture que les sens. Les gens ne pensent qu'à manger, boire et faire plutôt que de booster leur élévation spirituelle ou intellectuelle à travers la culture générale.

 

Des penchants qui arrangent selon l'auteur l'homme politique qui dans ce système de laisser faire mis en place depuis les aurores boréales de la deuxième république a réussi à abrutir et détourner les camerounais de la conscience politique. <<drôle de constat, je cite,pour un régime qui avait inauguré son long règne sous le signe de la rectitude morale >> deuxième partie de l'ouvrage la république du piment dans la progression thématique renforce l'idée de la banalisation du sexe dans les pratiques qui brillent par le non respect de l'orthodoxie à savoir l'infidélité, l'imprudence, la prostitution sur les réseaux sociaux et les fantasmes d'un autre genre au rang desquels les partouzes et la Sodomie notamment en milieu juvénile. L'auteur nous le démontre au travers d'exemples précis ayant marqué notre imaginaire collectif sur les réseaux surtout depuis l'avènement des téléphones intelligents .

 

Le piment dans le sens où nous l'entendons est aussi le thème dominant qui revient assez souvent dans la musique urbaine camerounaise. Elle n'est plus comme avant le support de messages édifiants et éclairants mais une source de dépravation des bonnes moeurs et d'aliénation du public camerounais. Les paroles de la plupart des chansons tendent plus à chosifier qu'à respecter la femme prise comme le symbole absolu du plaisir charnel <<panthère,chat mort,dragon,et j'ajouterai araignée >> sont de petits noms qui leur collent à la peau au quotidien. Le malaise d'après l'auteur est si omniprésent qu'il affecte jusqu'aux sphères de la société réputées sacrées. Dans les entreprises le sexe est le principal moyen de pression pour un éventuel poste ou promotion. Les riches l'utilisent comme un outil de domination contre les pauvres en échange de quelques privilèges. Ayant une certaines ascendance matérielle et psychologique sur les autres les hommes au pouvoir ne s'autorisent plus de limites dans leur penchants libertins.

 

A cet effet l'auteur dira<<le pouvoir est un aphrodisiaque, plus on a le pouvoir, plus on est attiré par les jouissances>> La république du piment dans la dernière partie est la peinture fidèle de la société d'aujourd'hui où les réseaux sociaux sont devenus des pupitres des révélations renversantes. Lieux par excellence de déballage d'histoires de zizi ayant mal tournées. A titre d'exemple l'auteur évoque avec une touche subliminale le fameux reveng porn de la très tristement célèbre Nathalie Nkoah et son footballeur . Et si les populations sont à ce point absorbées par l'immoralité, c'est en partie dû à l'absence des structures d'encadrement. Pas des véritables industries du diversement sain.

L'auteur chute en invitant les uns et les autres à dompter l'amour du vice car au delà du ventre et du bas ventre le Cameroun a d'autres valeurs qui ne sauraient admettre que sa culture soit Cataloguée comme étant essentiellement jouissive. La république du piment, république des plaisirs intestinaux et bestiaux entre hédonisme et épicurisme pourra bien s'affranchir de ce statu quo. A condition comme le dit si bien l'auteur à la page 115 ,la dernière de<<défricher les champs nouveaux et donner les outils à chacun pour semer sa propre plante,l'arroser ,l'engraisser afin qu'il puissent porter des fruits à la fois pour notre temps et les temps qui viennent.>> Fin de citation.

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