Je profite de cette tribune pour partager avec vous une idée que j’avais déjà eu à développer dans l’ouvrage « République du Piment » à la page 14. Plutôt que d’essayer de redire autre chose que ce que j’avais dit, je vais paresser en vous laissant lire entre les guillemets, le petit paragraphe dans lequel l’idée avait été développée. J’écrivais ceci :  

« Sur les réseaux sociaux, plusieurs d’entre elles se donnent le surnom ou pseudo de : « piment doux », « piment chaud », « piment bio », « piment sucré », « koki piment », « le piment des grands », « piment rouge », « piment sec », « piment mentholé », « piment alcoolisé », « piment amer », « la sauce piment », « piment piquant », « piment en poudre », « piment sucré salé », « piment brute »...On peut comprendre facilement que ce ne sont pas des actes gratuits du tout. Et que d’une manière ou d’une autre ces filles attachent un certain prix au « piment » au point d’en faire un élément de leur identité, de leur personnalité ».

Après une brève, mais recherche assez poussée sur les réseaux sociaux, j’ai eu à faire ce constat ci-dessus. Les filles qui portaient leurs noms et prénoms de naissance, une fois sur les réseaux sociaux, se donnaient un nom de baptême aux allures pimentées qu’elles portaient avec fierté comme un trophée. Même si plusieurs peuvent penser que c’est un geste banal juste pour le fun, pour s’amuser, parfois même « innocemment », je disais qu’il est impossible qu’une fille décide d’aligner « piment » dans son nom sans avoir au préalable une histoire intime ou particulière avec le piment. Elle a une histoire avec le mot, ou alors voudrait construire une histoire avec lui.

Le nom fait partie de l’identité d’un individu. Même si c’est un pseudo, un faux nom, il peut dire vraie sur la personnalité même du sujet. Si quelqu’un se donne le surnom de « star », c’est que la personne pense dans sa tête être une star, ou envisagerait être une star dans un futur proche ou incertain. Ou encore, elle a une certaine admiration pour les stars, ou voue une attirance pour le mot même de star. D’une manière ou d’une autre, le mot star lui parle et elle écoute attentivement.

Il faut donc une étude assez poussée, pour comprendre le comportement psychique de ces personnes sur les réseaux sociaux qui s’attribuent ce genre de nom. Il fait appel à des sciences sociales comme la sociologie des réseaux sociaux, la psycho-sociologie ou encore et surtout l’anthroponymie. Mais déjà pour le chercheur curieux, ce phénomène laisse comprendre que le « piment » est un concept nouveau à prendre très au sérieux. Il a besoin « d’être pris en charge par des discours analytiques » comme le disait Foucault dans son livre sur l’histoire de la sexualité.

Aujourd’hui, au lendemain de la sortie du livre « république du piment », que l’opinion prenait encore pour un objet pour amuser la galerie, on constate avec amertume que le phénomène non seulement se développe mais aussi se structure. Voilà qu’un groupuscule de jeunes filles dévouées, se nommant « les pimentières 237 » ont mis sur pied une start-up spécialisée dans la promotion et la « vente du piment ». Avec une stratégie marketing digitale qui ferait jalouser les églises de réveil.

On a laissé comprendre que plusieurs jeunes filles sont inscrites au quotidien dans un processus inconscient de « vente du piment ». Le sont mais n’osent pas l’avouer. Par peur, par lâcheté ou par hypocrisie. Mais quand on arrive à un niveau ou plusieurs d’entre elles osent assumer et revendiquer le titre, il faut essayer de se lever. Mais le pire c’est que le plantain croît désormais sans foi ni loi dans le même champ que celui du piment. Qui va alors sauver l’autre ?  

 

Les filles mettent de plus en plus le « piment » dans leurs (sur)noms Facebook
Les filles mettent de plus en plus le « piment » dans leurs (sur)noms Facebook
Les filles mettent de plus en plus le « piment » dans leurs (sur)noms Facebook
Retour à l'accueil