Jovi, Stanley, Maahlox, Franko: les quatre fan-statiques du Rap 237

Si je dis que depuis 2017 nos quatre meilleurs représentants du rap 237 sont statiques, les fanatiques diront que je suis un haineux. Or le constat peut être fait avec un peu d’observation et de clarté dans le raisonnement. Depuis janvier de cette année, nous n’avons pas eu droit aux envolées messianiques de Stanley Enow, aux éclairs de génie de Jovi, aux tournées interminables de Franko encore moins aux tubes accrocheurs de Maahlox.

Nous sommes encore très loin de vivre un titre saturé de sonorités comme Mongshung, « où même » encore Cash. Très loin des tournées « en boucle » d’un hit aux allures de « coller la petite ». Des présences remarquables aux plus grands rendez-vous de la musique avec des bookings et des awards à l’appui. Depuis lors on regarde seulement et ça sort comme ça sort.

Depuis janvier 2017, nous n’avons eu droit qu’à des prises de têtes, des clashs rébarbatifs sur internet, des titres peu marquants et remarquables, et aux nombreux buzz digitaux pour combler le vide créatif et productif.

Mais les fans de nos quatre fantastiques semblent ne pas le voir du même œil. Pour eux, chacune de ces stars est restée d’actualité et ne souffre qu’aucun flou ni d’aucun flop. La remarque qu’on peut aussi faire à ce sujet, c’est que ces fans sont aussi bien séparés que leurs stars adulées. Que ce soit dans la vraie vie ou sur le terrain du virtuel, ces quatre semblent ne pas vraiment s’aimer. Et ça se prouve dans la mesure où personne n’a l’intention, ou du moins la volonté, de collaborer avec les trois autres.

Mais je crois aussi qu'au fond de la chose, ils sont tous fans l'un de l'autre. Mais ce qui fait d'eux des fan-statiques, c'est que personne n'ose aller vers l'autre, faire le premier pas, dépasser sa haine apparente, faire voir et valoir son amour voilé. Au lieu de ça nous n'avons droit qu'à une remise en scène incessante des séries d'ennemis intimes de Mitumba.

Que les amoureux de la musique urbaine veulent voir sur un même titre : Franko et Jovi, Stanley et Maahlox, Maahlox et Franko ou Jovi et Stanley n’est qu’un vœu pieu, une rêverie de pauvre visionnaire. Or en se séparant de la sorte les uns des autres, ils ont entrainé leurs fans avec eux. De ce fait, il y’a des clans de fans : ceux de Jovi, ceux de Stanley, ceux de Maahlox, ceux de Franko. Et qu’importe la qualité de musique qu’un Stanley pourra produire, un fan de Maahlox ne va jamais aimer. Même si Franko refait un autre « coller la petite », un fan de Jovi va toujours s’en moquer.

Mais que veut dire être fan de Franko ou de Maahlox, de Jovi ou de Stanley ? Est-ce seulement gesticuler sur les réseaux sociaux en disant à sa star « adore you » ou « mouff ta maman » à celui qu’on déteste ? Que vaut un fan de ces artistes, et jusqu’où ceux-ci peuvent’ ils compter sur eux ?

Est-ce que les 5000 followers qui ont suivi le direct tant attendu de Maahlox peuvent se mobiliser avec un de leur ami pour remplir le Palais des Sports avec Maahlox en tête d’affiche ? Est-ce que les 1/10e des  près de 100 000 abonnés de Stanley Enow sur Facebook peuvent sortir 5000F pour acheter un des produits dérivés de Motherland ? Que dire des 1/1000e des voyeurs sur les 50 millions qui ont regardé « coller la petite », sortir 200 F pour télécharger sa musique ?

Désormais, les fans ne sont plus seulement statiques, ils sont aussi volatiles. Et on ne sait plus au fond ce qu’ils veulent et ne veulent pas. Ils sont tellement boulimiques qu’ils ne prennent pas du temps pour savourer la musique. Même lorsqu’elle est bonne, elle passe en moins de 48heures à leurs yeux  comme si elle n’avait jamais existé.

Et depuis janvier 2017, c’est le sort qui est réservé à ces musiques urbaines. Surtout celles de nos quatre grands cités plus haut. Le malheur aussi c’est que les fans n’ont plus d’yeux que pour Facebook. Même sur Youtube ils y vont de moins en moins. Ils ne suivent plus la radio, n’écoutent plus nos TV locales, et les concerts existent peu pour leur donner l’occasion de consommer la musique des stars qu’ils disent aimer.

Les artistes aussi agissent comme si ils n’ont plus qu’internet. Plusieurs pensent même demeurer des stars même sans être diffusés dans les chaines locales et internationales. Et on a l’impression que si tu n’existes pas sur internet tu vas passer à l’imparfait en un clin d’œil. Les artistes ne remettent leur sort désormais qu’à la toile de Zuckerberg. Et quand il arrive que ça fasse du buzz même en un laps de temps, on se croit évidemment au sommet. Or la réalité virtuelle est bel et bien différente de la vérité du réel.

A défaut d’avoir ces quatre un jour en featuring, qu’est ce ça donnerait d’organiser une tournée nationale avec eux ? Qu’est-ce que ça peut donner d’organiser un concert géant pour ces quatre. Sans trois ou quatre villes du pays? Chacun d’eux pris individuellement ? Qu’est ce que ça peut donner de les voir faire mentir Torpedo en faisant sous d’autres cieux, des vrais concerts, dans de vraies salles de spectacles, avec un vrai public, vibrant avec de la vraie musique, produite par ces jeunes talents qu’on positionnera désormais en Afrique comme de véritables artistes ?

Que pouvons-nous attendre de ces quatre dans les quatre années à venir ?

 

 

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