Mon entretien avec Jean-Bruno Tagne : « Il n’y a que des candidatures un peu farfelues qui ont été déclarées »

Je suis allé à la rencontre de Jean-Bruno Tagne avec le cœur et la raison. Ce qu'il a fait pour moi jusqu'ici est indicible. Ce qu'il est et ce qu'il fait pour notre communauté est ineffable. Il y a 5 ans il m’ouvrait les portent du JOUR, en me donnant l’occasion de sortir mes textes de la grande nuit. Lui qui, des années auparavant, était un élève d’un des mes parents au Lycée de Bangangté. Ils n’ont de lui que de bons souvenirs. Pareil pour mes frères et sœurs qui étaient aussi ses camarades de classe.
Il a donc toute mon admiration, pour tout ce qu’il représente : Journaliste de poigne, écrivain de talent, consultant remarquable, présentateur TV de qualité, ancien membre très respecté du CNC, charismatique DGA de Canal2, personnalité simple, aimable et sociable, père adorable, mari exemplaire...Il parle avec une éloquence succulente, il écrit avec une élégance admirable, et ses recherches sont toujours aussi poussées les unes que les autres.

 

Bonsoir JBT, comme on t’appelle affectueusement. Tu es connu comme l’un des plus brillants journalistes de la génération, mais tu n’as pas toujours reçu des fleurs, as-tu une idée de ce que te reprochent tes critiques ?

Merci pour ces paroles aimables à mon endroit. C’est vraiment très sympathique de votre part. J’essaie de faire convenablement mon travail au quotidien, de m’améliorer tous les jours dans un environnement très concurrentiel. Il faut sans cesse se remettre en question sinon vous sombrez. Etre critiqué n’est pas un problème. Pour moi c’est positif. Cela signifie que vous êtes regardé. Evidemment il n’est pas possible de faire l’unanimité. Les uns peuvent aimer ce que vous faites, les autres un peu moins ou pas du tout. C’est tout à fait normal. Le plus important c’est d’être en harmonie avec vous-même et c’est ce que j’essaie de faire. On dit « qui aime bien châtie bien ». Je préfère prendre les choses de cette manière-là.

 

-          Après plusieurs années au sein du quotidien Le Jour, quels sont les plus beaux souvenirs que tu gardes de cette aventure ?

J’ai passé de très belles années au quotidien Le Jour. Je dois d’ailleurs vous avouer que la presse écrite me manque un peu. J’ai passé presque 10 ans au Jour  où j’ai été tour à tour reporter, chef du service des sports, chef du service politique et grand reporter au moment où je partais. Je pense que mes vraies années de journaliste, je les ai passées au Jour et forcément ce sont des moments qui vous marques au fer rouge. J’ai gardé de très bons rapport avec Haman Mana mon ancien patron et avec tous mes anciens collègues que je rencontre toujours avec plaisir chaque fois que j’en ai l’occasion.

 

Aujourd’hui tu as plusieurs casquettes : juriste,  écrivain, journaliste de la presse écrite et présentateur TV d’une émission très suivie, DGA de la chaine privée la plus regardée du Cameroun, consultant, et tout récemment tu étais membre du CNC, etc…comment arrives tu as gérer toutes ces charges avec autant d’efficacité ?

 

J’ai l’impression que vous en faites un peu trop. Je n’ai pas à vraie dire autant d’occupations que cala. Je ne sais pas si le fait d’avoir étudié le droit privé jusqu’en année de maitrise à l’université de Yaoundé II-Soa fait de moi un juriste… c’est après Soa que je suis entré à l’ESSTIC en journalisme. J’ai publié deux ouvrages, mais je ne suis pas sûr que cela fasse de moi un écrivain. Je préfère dire que je suis auteur, mais pas écrivain.  Il y a une nuance importante. J’ai été membre du Conseil national de la communication pendant trois ans, je n’y suis plus. Actuellement je suis à Canal 2 international et je boucle un master en sciences politiques à l’université de Yaoundé II-Soa. Tout cela ne représente pas grand-chose. Avec un peu d’organisation on réussit toujours à s’en sortir.

Je connais des gens qui sont professeurs d’université, cadres dans des ministères, consultants dans plusieurs organisations, qui dirigent les travaux des étudiants, dispensent sans discontinuer leurs cours, trouvent du temps pour lire eux-mêmes et actualiser leurs propres connaissances, etc. Et ils le font très bien. Il suffit simplement d’être rigoureux et de savoir distinguer l’essentiel de l’accessoire. Nous les jeunes passons le temps à nous plaindre, à gaspiller du temps en futilités. Ôtons-nous de nos pantoufles et bossons !

 

 

-          Tu es l’auteur de deux ouvrages très connus de la scène publique : « programmés pour échouer » et « la tragédie des Lions Indomptables » quel est pour toi le plus accompli ?

 

 Personnellement celui que je préfère c’est le dernier, La tragédie des Lions Indomptables. Je suis allé un peu plus loin dans la recherche par rapport au premier qui a eu du retentissement du fait du titre qui était quand même assez fort : Programmés pour échouer. Beaucoup en s’en tenant uniquement au titre ont pensé que je m’étais livré à une sorte d’art divinatoire pour proclamer que les Lions indomptables étaient programmés pour échouer au Mondial 2010 en Afrique du Sud. Il n’en est évidemment rien, puisque le livre je l’ai écrit après la compétition.

 

 

-          Sachant que tu as un goût très poussé pour l’écriture, est ce évident de penser que tu prépares un prochain ouvrage et va-t-il toujours porter sur les Lions du Cameroun ?

 

Mon prochain ouvrage est politique. Vous le savez parce que vous êtes dans la confidence depuis deux ans déjà. C’est un livre qui me tient à cœur. J’avoue avoir un peu été paresseux depuis lors et c’est pour cela que je ne l’ai pas encore achevé. Mais je vais y arriver, croyez moi.

 

-          Peu de journalistes au Cameroun écrivent des livres, et peu sont ceux qui lisent même pour se cultiver, qu’est ce qui peut expliquer un tel désintérêt ?

Il me sera difficile de parler pour tout le monde. C’est chacun qui choisit ce qui est important pour lui. En ce qui me concerne, lire est essentiel, encore plus pour un journaliste. On n’apprend que dans les livres.  

 

-          Quel a été la motivation pour toi de créer une émission TV ? Quel est le principal objectif de ce rendez-vous télé ?

Vous parlez certainement de La grande interview, l’émission que j’anime en ce moment un mardi sur deux à 21h30 sur Canal2 international. En fait il manquait dans notre grille de programme une vraie émission d’entretien. J’ai donc pensé qu’il fallait trouver un espace dans lequel on donne la parole à des gens qui ont des choses à dire à travers un entretien mené de façon sérieuse, fouillée et tout en sérénité. Il y a deux moments que je trouve importants dans cette émission : le portrait de l’invité et la bibliographie.  Le portrait est important parce que cela permet de camper le personnage afin que chacun s’en fasse une idée et que les jeunes, pourquoi pas, s’en servent comme émule. C’est important dans un pays comme le nôtre où on a tendance à mettre tout le monde au même niveau. La bibliographie quant à elle permet que des gens qui veulent poursuivre la réflexion se procurent les ouvrages et les lisent.  

 

-          Tu as un regard très critique envers le gouvernement, s’il arrivait que le prochain président te sollicite à un haut poste dans l’establishment politique, quelle serait ta réponse ?

(rire). Je ne suis pas sûr que cela arrive. Il m’a nommé au Conseil national de la communication une première fois. Je ne pense pas pouvoir bénéficier de son décret deux fois.

 

-          Parlant de politique, s’il fallait choisir un candidat dans le florilège de ceux qui se sont présentés pour 2018 : quel serait ton choix ou alors qui trouve tu le plus à même de mener à bien les destinées du Cameroun ?

Pour l’instant il n’y a que des candidatures un peu farfelues qui ont été déclarées. Aucun poids lourd n’a encore annoncé sa candidature. Je pense d’ailleurs que les vrais enjeux sont ailleurs. La loi électorale ne garantis pas des élections justes au Cameroun. Il ne faut pas rêver. Par contre, s’inscrire sur les listes électorales c’est important en espérant atteindre une masse électorale suffisamment importante pour mettre à mal les stratégies de fraudes.

 

-          Qui sont pour toi les intellectuels qui portent au mieux l’image scientifique du Cameroun à l’intérieur comme en dehors ?

Ils sont quelques-uns, mais celui qui me vient immédiatement à l’esprit c’est Achille Mbembé. J’ai des ouvrages de lui et je le trouve bon. Tout simplement.

 

 

-          Trois livres qui t’ont marqué ?

 

Il y a beaucoup d’ouvrages qui m’ont marqués. Si vous me demandez de n’en citer que trois, je commencerai par Pleure, ô pays bien aimé c’est un vieux livre de Alan Paton que j’ai lu quand j’étais au lycée ; ensuite, Texaco de Patrick Chamoiseau et plus frais dans ma mémoire, Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie.

J’aurai pu vous citer Temps de chien de Patrice Nganang, Confidence de Max Lobe, Maquisard de Hemley Boum,  Kamerun ! de Jacob Tatsitsa et les autres, ou même Le fils d’Agatha Moudio de Francis Beybey…

 

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