Lettre au Minpostel : 9 mois après, votre campagne n’a même pas accouché d’une souris ?

Excellence, très chère Minpostel, me voici qui arrive auprès de votre personnalité soumettre une simple et petite question : 9 mois après vos campagnes contre la cybercriminalité où en êtes vous ?

Bon comme je sais que vous allez me lire sans me répondre, je peux me faire ma petite idée de ce qu’aurait été votre réponse : cher jeune homme, la campagne suit progressivement son cours. C’est avec cette formule légendaire que les défenseurs et promoteurs de l’inertie ont toujours botté en touche les problèmes de fonds qui finissent ce pays. Les membres divisés du corps gouvernemental se sont toujours précipités pour initier de telles campagnes spectaculaires, harcelant toute la république. Usant des canaux de propagande connus, ils étouffent l’esprit des gens à longueur de journée pour que le bruit arrive jusque à Etoudi. En espérant que le chef apprenne qu’il a aussi des collaborateurs qui travaillent.

Mais hélas, ces mesures font toujours trop de bruit parce que le fond est pleinement vide. La forme est embellie, et laisse toujours croire à un remède miraculeux qui va sauver le Cameroun de tous ses maux. Or elles sont faites avec une précipitation doublée d’un amateurisme criard. C’est toujours le chef Biya qui disait que « la gesticulation n’est pas un signe de vitalité ». Malheureusement ses ministres n’ont jamais compris cette pensée.

On connait le lot des nombreuses mesures pour « assainir » nos carrefours et nos marchés, qui n’ont jamais abouti. Où en sommes-nous aujourd’hui ? On connait de nombreuses campagnes pour imposer une heure de fermeture à certains débits de boissons, où en sommes-nous ? On se rappelle aussi de la fameuse campagne contre les « mini-jupes » dans nos villes, où en sommes-nous à jour ? Ce préfet de la Mini qui voulu épurer sa circonscription de vendeuses de piment, il peut nous répondre ?  

Le Minspostel ne voulait pas être en reste, il ou elle voulait aussi faire sa part et se faire remarquer. Dans la foulée des troubles de la région anglophone du pays, les camerounais ont utilisé les réseaux sociaux pour exprimer leur désarroi aux yeux du monde. Des images et des vidéos atroces circulaient sur internet comme le sang dans l’organisme. Mais comme il faut toujours que l’ivraie pousse à côté de la bonne graine, des fausses informations, images et vidéos se propageaient aussi.

L’Etat ne disposant d’aucun moyen médiatique sur le digital pour les contrer, il est passé par la voie la plus facile et rapide, celle dont il a la prérogative. Internet à été coupé dans la zone anglophone, et le Minspostel est passé par l’intimidation en envoyant les SMS aux camerounais dans les deux langues officielles. Le premier  disait : « Cher abonné, l’émission et la propagation des fausses nouvelles notamment par les réseaux sociaux, sont réprimées par le code pénal et la loi. » et le deuxième : « Cher abonné, vous risquez 6 mois à 02 ans de prison, et une amende de 5 à 10 millions, si vous publiez ou propagiez sur un réseau social, une nouvelle sans preuve de véracité. ».

Il était évident que cette mesure folklorique n’avait aucune motivation sociale, mais seule politique. Pour empêcher aux camerounais de voir, de parler et de montrer le déroulé d’une crise sociale qui se passait chez eux. Voilà que 9 mois après, le Minpostel n’a jamais fait un état des lieux, zéro rapport publié de cette campagne. Quelle était son objectif au final ? Pourquoi avoir dépensé des dizaines de millions de nos francs pour envoyer ces SMS alors que des milliers de jeunes attendent cet argent pour développer leurs projets ?

9 mois après, internet au Cameroun est toujours d’une violence et d’une agression sans précédent. On expose la nudité des gens tous les jours, les intimités sont violées, les harcèlements se multiplient, les comptes privés continuent d’être piratés, les insultes outrées qui vont jusqu’aux menaces de morts…tout ça au vu et au su des autorités. Des médias et personnes connues, identifiables qui diffusent des fausses informations sans être inquiétées. Des personnes ont pris pour fond de commerce le « kongossa » sur la vie des gens sur internet.

Le Minpostel ne se gène pas !!! Non pas du tout. Comme la crise anglophone est plus ou moins assagie, plus rien ne l’intéresse. Il s’en fout éperdument du sort des milliers de camerounais connectés tous les jours aux réseaux sociaux, exposés à toutes formes de violence et de « cannibalisme digital » selon la formule d’Achille Mbembe. Internet est devenu un no man’s land, une jungle, un enfer virtuel qui a malheureusement des manifestations dans la vie réelle des gens.

Je termine en disant que vous feriez mieux de donner la chance aux jeunes entrepreneurs du web pour mettre à profit de la société les fruits de leurs nombreuses recherches. Quand c’est pour punir vous êtes forts, quand c’est pour encourager il n y’a plus personne. Ça fait bizarre de parler d’internet pourtant vous-même vous n’en détenez pas les clés. Il faut faire un tour sur la page Facebook du Minspostel pour s’en rendre compte. Entre janvier 2017 à ce jour, même pas 10 publications. C’est triste hein !  

Fin de la lettre…  

 

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