Guy -Parfait- Songué: un penseur-thécotiste à délivrer d'urgence

Quand on jette un coup d’œil rapide sur le paysage audiovisuel au Cameroun, on remarque très vite qu’il n y’a rien de bon et de beau à remarquer. Le regard ne peut s’arrêter sur rien ni personne, l’esprit ne peut se régaler d’aucune forme ou image. Tout est si laid et vieux, sale et vulgaire, que les lumières, les faux décors et les maquillages abusifs ne peuvent réussir à voiler. Depuis près de deux décennies, à la presse écrite comme à la télévision, qu’elle soit publique ou privée, la redondance est la danse la plus pratiquée. Plus rien ne s’invente, ne se crée, ne s’améliore. C’est le culte de l’hibernation, de la dormance. Plus d’expression nouvelle ni de réelles mutations. Nous sommes tellement habités par la nuit qu’on voit le Jour comme une épreuve à endurer, et l’aurore comme une étonnante horreur.

La seule tribune qu’on offre au Cameroun est celle des lieux de réjouissances, de bavardages et d’exhibition, ne laissant place à aucune tradition de l’invention, de ré-invention, d’une action perpétuelle de création et de recréation. On rencontre toujours les mêmes journaux, les mêmes journalistes, les même chaines de radio, les mêmes animateurs, les mêmes chaines de télé, et les mêmes présentateurs, les mêmes génériques, les mêmes plateaux, les mêmes éclairages, les mêmes cadrages, le même concept. Dans ce cercle fermé où tout recommence, il n’est pas surprenant d’écouter marmotter et voir gesticuler les mêmes invités, qui à force de spéculer sur les mêmes sujets, ont fini par se faire baptiser experts de tout et de rien du tout.

Si on a rarement songé à un « Entretien avec… » sans Thierry Ngogang, l’invitation de Guy Songué sur le siège rouge n’était qu’un épiphénomène. On a l’impression qu’il fallait obligatoirement et urgemment donner à l’émission un souffle nouveau. Une présentatrice belle et brillante a pu être tirée du lot de la loterie. Pour faire une entrée remarquable dans l’univers et faire tourner tous les regards vers elle, il lui était judicieux de miser sur des invités capables de l’aider à relever un tel défi. Mais en voyant Guy Songué confortablement assis, prêt pour une heure et poussière d’entretien, on s’est vite posé la question de savoir ce qui n’a pas marché. C’est au fil de l’échange qu’on arrive à comprendre la pertinence de son invitation. C’était d’abord un choix par défaut, dans la mesure où elle a difficilement cherché sans trouver une personnalité attractive qui n’a jamais été invitée par Thierry ; et ensuite Songué aurait pu faire l’affaire au regard de sa troublante actualité; non pas (non plus) en tant que « penseur », mais par son apparition sous le profil inédit qu’on peut nouvellement qualifier de « penseur-thécociste »...

La belle présentatrice termine son émission par une excuse inconfortable sur le contenu de son entretien. Elle a dû être alertée sur sa tablette par des téléspectateurs remontés du fait qu’ils ont dépensés une heure de leur nuit pour les lamentations et les jérémiades d’un « enseignant » déguisé en « prophète » et annonciateur de la fin des temps nouveaux. Si l’émission a viré en un temps deux mouvements vers du sensationnel, c’est parce que la présentatrice a très vite remarqué que son invité n’était pas très à l’aise pour des sujets intellectuels et académistes. La preuve, on voit la difficulté dans laquelle il était quand on lui a posé la question de savoir si « oui ou « non » il est titulaire d’un doctorat comme son titre semble si mal le démontrer. On remarque qu'il respire une seconde avant de répondre par un « oui » nonchalant et si peu sûr de lui. Au même moment où il répond, il est trahi par sa gestuelle. Il fait bouger inconsciemment les épaules et fait cligner les yeux ! Pour les spécialistes de la communication non-verbale, c’est une vérité universelle que ce sont là des signes inconscients d’un mensonge conscient, d'un manque de confiance en soi, non assumé et refoulé. Si à ce moment Songué avait été sous un détecteur de mensonge, même sa foi très poussée n’aurait pas pu opérer le miracle et changer le mensonge en vérité.

En écoutant l'invité avec des attentives oreilles, on réalise qu'il est surement victime d’un problème psychiatrique que seul un collège de spécialistes en la matière peut aider à curer. Car Songué a été longtemps frustré par la constante et publique contestation de ses diplômes. Il a alors voulu passer par un autre c-anal pour pouvoir, au-delà de la légalité, bénéficier d'une relative légitimité populaire. Il lui a donc fallu aller fouiner dans de complexes disciplines afin de combler le grand vide de son bagage théorique et conceptuel, et se poser enfin comme un intellectuel digne en tant que tel. Seulement, en fouillant dans ces érudites et hermétiques sciences, il a oublié de bien disposer son esprit. En plus, pour gagner en audience, il fallait s’investir dans un domaine qui puisse facilement capter les âmes sensibles aux discours théologico-prophétiques leur annonçant un avenir meilleur moins pénible que le présent oppressant dans lequel elles vivent.

Guy Songué veut se rassurer et rassurer qu’il est vraiment parfait, qu’il est le seul Noir divinement élu par Dieu pour placer l’Afrique au centre du monde par le moyen du Cameroun. Il s'autoprésente comme le bras séculier chargé de détruire toutes les églises sur la terre. Ce bras guérirait à distance le Sida et toutes sortes de maladies, dont les plus grands médecins, Joshua et consorts, ont été incapables de s’en charger. Et il est tellement convaincu par son discours qu’il serait difficile de lui faire comprendre qu'il est piégé dans fiction où il faut sortir d'urgence. Et si on n’y procède pas tôt, à force d’être répétés et entendus, ses dires peuvent se poser en de véritable dogmes publicitaires, faisant de lui un guru qui, inconsciemment, conduirait ses moutons à l’abattoir croyant fermement les emmener paitre vers des eaux paisibles.

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