Ils ont léché Reniss après avoir pissé dans sa sauce !

Oui, personne ne peut nier ! La sauce de Reniss a été mangée à toutes les sauces au pays. Tantôt au goût de certains, tantôt de mauvais goût pour les autres. Sa chanson est arrivée comme un cheveux sur la soupe, parce que peu sont ceux qui pensaient la voir évoluer un jour dans ce registre. On lui a reproché d’avoir poussé sa musique jusqu’aux limites de la débauche, d’avoir sacrifié son style artistique au profit de la pimentérie. Dans une de mes chroniques, j’ai aussi révélé qu’à la recherche de la gloire perdue, Reniss a choisi de cracher dans la soupe du Gospel. La musique qui a été aux fondements de sa vie d’artiste, pour laquelle elle avait donné toute sa voix, et dédiée sa carrière, en lui soumettant tous les titres de son premier album.

 

Personne ne peut aussi nier que le fait d’avoir investi dans ce style jugé de pervers, était une stratégie de la part du monstre Jovi, je veux dire le pape, pour donner plus de splendeur à la chapelle de « New Bell » qui semblait perdre des fidèles, cantique après cantique. Comme tout ce qui concerne le piment a la primeur dans notre république, la chanson qui était présentée au départ comme un cheveu sur la soupe est devenue la sauce quotidienne. On l’entendait jouer partout et à longueur de journées. Au regard de son effet boule de neige, les moralistes de la société ont voulu y mettre un terme. La jugeant de déviante, et d’inappropriée pour l’éducation de la jeunesse. Comme ce qu’on interdit excite, la prohibition a plutôt donné de l’appétit. Et petit à petit, l’importance devenait capitale.

 

Pour répondre à ce qu’elle avait vécu comme une insulte et un acharnement, Reniss est revenue quelques temps après avec la chanson au titre provocateur « Pilon ». Pas besoin d’être un initié pour savoir à « koah » le pilon ici fait référence. Et si je vous disais le pilon dans le mortier ? C’est plus clair maintenant ? Avec ce titre, Reniss a voulu assumer son parti-pris vers le registre du piment. Malheureusement, le même thème a donné le même anathème. Les mêmes causes n’ont pas donné le même effet. C’est ainsi que, malgré son printemps « arable », son moment saisonnier de gloire, le buzz a commencé un peu à fondre. N’eût été Nyangono du Sud, avec sa louange au « trou barbu » la soupe musicale camerounaise serait restée pendant des mois orpheline de piment. Même le « tu as combien » de Maahlox n’a pas pu nous aider à saliver comme d’habitude.  

 

Pour nous sauver d’une vie sans couleur et sans saveur, le football est arrivé comme un puits dans le désert, pour parler comme le petit Prince de St Exupéry. Assoiffés depuis longtemps de distractions et de divertissements, dans un besoin expressif de jouissances, les Lions et leurs adversaires sont venus pour occuper nos journées chômées et ennuyeuses. Alors qu’on ne croyait pas qu’on puisse revivre la gloire perdue depuis 15 années, alors que peu pensaient qu’on allait se délivrer aussitôt de la marco-malédiction qui frappe l’équipe depuis la mort de Foé, les supporters, fanatiques, et sceptiques sont allés, match après match, de surprise en surprise. Même les défenseurs semblaient parfois être surpris des parades acrobatiques d’Ondoa et des gestes aux allures messianiques de Bassogog.

 

Mais ce qui a le plus surpris, c’est la ferveur cosmique dans laquelle était plongée le peuple camerounais. Pour l’une des rares fois, on a vu les camerounais se mettre ensemble pour un seul but, même avec peu de talents et peu d’espoir. Et comme dans tout mouvement d’ensemble, comme dans tout groupe, il y’a l’hymne qui le conduit. Et à la surprise de tous, ne sachant comment cela est arrivé, la « sauce » de Reniss, qu’on avait jadis rejeté, dans laquelle on avait presque fait pipi, est revenue à la table de nos célébrations. A chaque but, à chaque victoire remportée, c’était le chant de gloire scandé. Il a même permis de rallier d’ autres nationalités à notre cause. Si le recours à la chanson de Reniss ne fait aucun doute sur notre goût poussé au sexe et à la nourriture, il faut remarquer que c’est un fait inédit. Qu’un hymne non officiel, une musique sur laquelle on a peu misé, soit mise à jour et adopté par la grande majorité, presque à l’unanimité.

 

Mais il faut aussi souligner l’ingratitude dans laquelle nous sommes plongés et qui nous caractérise, doublée d’une vilaine hypocrisie. Chez nous, on est capable de renier quelqu’un ou quelque chose en public et l’adorer dans le secret du cabinet. On est capable de retourner sa veste au vu et au su de tout le monde sans honte ni remords. Quelle gloire a eu Reniss pour avoir vu son œuvre ainsi rythmer cette glorieuse participation des Lions ? A t’elle été seulement félicitée ? Va t’elle aussi bénéficier d’une éventuelle caution ou d ‘un quelconque traitement de faveur ? Je sais que s’il faut compter sur ces politiques, il faudra attendre qu’on gagne la Coupe du Monde. Mais c’est assez révélateur du traitement qu’ils ne cessent d’infliger à la jeunesse. Se servir de nous, de nos forces, de notre savoir, de notre disponibilité, pour atteindre leurs buts, et nous jeter après comme une sauce dans laquelle une chatte a pissé en voulant elle aussi lécher.

 

C’est pareil pour le football, les jeunes lions à qui on ne prête aucune attention sont aujourd’hui glorifié, et dès demain, ils continueront à les maltraiter, à voler l’argent des primes, de la construction des infrastructures, et empêcher au football local de se développer, de peur de réduire les énormes missions faramineuses à l’étranger, soit dit, pour aller dénicher des talents que les autres nous aident à développer. 2018 arrive, ils auront encore besoin des jeunes qu’ils maltraitent tous les jours pour les aider à bourrer les urnes et à acheter les consciences. Je comprends maintenant ce qu’ils appellent fièrement « fer de lance » de la Nation : le poids sur lequel ils s’appuient pour construire leurs châteaux éternels au pouvoir.

 

auteur de: "que fait le Peniss de Jovi dans le mortier de Reniss?" 

Retour à l'accueil