Mon entretien avec Yolande Bodiong : « Je ne cède jamais à ce type de chantage malsain »

Yolande Bodiong est une personne irrésistible. Je parle ainsi de sa personnalité comme plusieurs parlent avec raison de sa beauté. C’est dire que sur la forme comme dans le fond, elle reflète une lumière qui éblouit et qui aide aussi à éclairer son entourage. Elle est la définition même « sois jeune et fais toi » camerounais, dans une époque où on dit aux femmes « sois belle et tais toi ». C’est une patronne de référence pour ses employés, un partenaire incontournable pour ses collabos, une femme exceptionnelle pour son mari, une mère irremplaçable pour sa progéniture, et une citoyenne de qualité pour son pays qu’elle a toujours aimé et toujours voulu servir. Ses idées sont toujours à la hauteur de ses réalisations, et ses choix aux couleurs de sa détermination.

 

1- Yolande Bodiong est un nom qui revient chaque fois quand on veut évoquer les jeunes camerounaises qui ont décidé de se prendre en main et donner un sens à leur vie. Es tu quelqu’un qui a réussit sa vie ?
- Rires...Je n'ai même pas encore commencé, j'aspire à la réussite dans mon secteur d'activité, j'ai conscience que le chemin est encore très long et parsemé d'embûches, par conséquent je continue de travailler dur pour m'en rapprocher.

 


2- On dit qu’une femme forte a souvent un faible émotionnel qu’elle veut combler par le travail. Est-ce le cas avec toi ?
Totalement faux ce que "'on dit". Une femme forte est en général une femme qui a des valeurs. La principale étant  de s'imposer par son travail. On n'est pas compétente parce qu'on veut compenser ou combler un vide sentimental. Non. On travaille dur parce qu'il n y a rien de plus beau pour une femme d'exister aux yeux du monde non pas par son physique mais par son professionnalisme. Je suis comblée à la fois par mon travail simplement parce que j'ai la grâce de faire ce qui me passionne et par ma vie familiale parce j'ai une famille exceptionnelle et un époux qui m'accompagne.

 


3- Les jeunes qui veulent devenir comme Yolande Bodiong oublient parfois que derrière ce beau sourire et cette grande entreprise, se cachent des années de sacrifices.  Qu’est ce que tu réponds parfois à cette catégorie de personnes ?
Oui je n'ai pas eu une enfance aisée, parce qu’ayant perdu mon papa très jeune qui était le socle de la famille. Mais j'ai eu deux mamans extraordinaires qui nous ont appris mes 11 frères et moi à nous contenter de l'essentiel. Elles nous ont appris à grimper malgré les embûches à l'aide de ses mains là où les autres avaient des harnais, et même des hélicoptères. Et c'est ce que je continue d'appliquer. Je ne parlerai pas de sacrifices, mais de courage de faire des choix sans se laisser distraire par l'argent et les compliments. Chaque difficultés où barrières pour moi, ne me demande pas un sacrifice, non. C'est plutôt pour moi un appel à plus d'effort. La seule chose que j'ai toujours sacrifié et que je continue de sacrifier, ce sont mes oreilles pour toujours apprendre des autres et mon cerveau pour trouver des solutions, où améliorer mes manquements


4- Dans notre pays, il est connu que dans le secteur de la communication, les femmes sont victimes d’un système faisant d’elles des proies face à des prédateurs sans foi ni loi. Comment tu as pu t’adapter à cette situation ?
Je n'ai pas eu besoin de m'adapter à cette gangrène. Je suis juste restée moi. Je ne cède jamais à ce type de chantage malsain et ceux qui me connaissent le savent. Ne faut pas non plus croire que tous les hommes le font. Il y en a qui restent très professionnels Dieu merci. Face à ce type de proposition j'abandonne, je cherche d'autres marchés.


5- Qu’elle appréciation portes tu sur la montée en force d’une nouvelle génération de jeunes filles qui misent plus sur leurs arguments corporels plutôt qu’intellectuels ?
Juste dommage. On pourrait pointer un doigt accusateur sur le système, mais ça ne justifie pas ces choix. Question de valeurs. Après chacun utilise ses arguments de vente pour survivre non (rires). Je les comprends, même si je n'encourage pas cela. Il y a du boulot pour changer les mentalités. Vivement que la morale reprenne le dessus.


6- Les jeunes avec qui tu travailles au quotidien sont ‘ils animés par ta même vision, ta même passion, ta même détermination ?
Déjà j'ai fait le choix de donner la chance à des jeunes sans expérience. Justement pour leur inculquer des valeurs qui sont celles de MARABOO. Le respect, l'esprit d'équipe, l'innovation. C'est un management participatif et même paternalisme avec des limites. Je fais des efforts pour qu'ils intègrent la vision de Maraboo qui est celle de s'imposer au Cameroun et en Afrique par la qualité de ses produits et services. Jusqu'ici ça va plutôt bien. Ceux qui n'ont pas pu s'aligner ont purement et simplement été virés. J'ai une équipe magnifique qui avec très peu, fait des exploits et je leur suis très reconnaissante.

 


7-As-tu l’impression que le Cameroun a atteint le pari de la qualité dans le domaine de l’audiovisuel, malgré la quantité de chaines de télés et d’émissions qui les meublent au quotidien ?
Ah non pas du tout. Rien n'est encore fait. Tant que chacun des acteurs du secteur ne jouera pas pleinement son rôle, on ne sortira pas de l'auberge. Ou devrais-je dire on ne verra pas le bout du tunnel.


8- Comment peut ‘on expliquer cette situation ? Un manque de créativité des acteurs de l’audiovisuel, ou alors un manque de d’appui institutionnel et financier ?

Manque de créativité NON. Qui sont les acteurs du secteur d'abord?
- Régulateur: l'Etat à travers le MINCOM
- Mamelle nourricière: les producteurs
- Pont avec téléspectateurs: les diffuseurs (chaînes tv ou radio)
Donc si le régulateur joue son rôle en mettant à disposition des fonds d'appui à la production et en veillant au respect de la loi sans complaisance, les producteurs le leur en proposant des contenus qui répondent aux attentes et besoins des téléspectateurs en fonction de la ligne éditoriale des chaînes pour lesquelles ils travaillent, et les diffuseurs diffusent sans se préoccuper de la production et achètent les programmes comme ils le font pour les telenovelas, les annonceurs payent le juste prix pour leur pub, on peut espérer un meilleur résultat de nos chaînes pour être compétitives.


 

9- A la lecture de ton parcours, on comprend que tu as toujours été animée par l’envie de mettre sur pied une structure qui puisse porter tes idées et tes ambitions. Qu’est ce qui te motivait autant ?
Tout le monde doit être porté par cela. Matérialiser ce que l'on a dans la tête quand on est convaincu que ça peut être une plus value pour la société. Donc ce n'est rien d'extraordinaire.

 


10- Malgré tout, tu es toujours en train de te dépasser, te surpasser, t’améliorer, te former, apprendre, construire. Tu as été employée, tu as démissionné, tu as voyagé pour continuer tes études, tu as crée des structures, tu es aussi femme d’affaires, en plus tu es engagée dans le social à travers une association que tu as fondée il y’ a des années. As-tu quelque chose à dire pour ta défense ?
Rires...Je n'ai rien à dire pour ma défense par contre mentionner que je suis à 100% un pur produit des écoles publiques et privées  camerounaises j'y tiens. J'ai profité de mes voyages étant hôtesse de l'air pour me former. Je n'ai jamais jamais voyagé pour poursuivre mes études.  Y a nuance. Le cœur sur la main, un héritage de mes parents, et mes choix professionnels, juste moi. Saisir des opportunités pour toujours donner plus c'est ma capacité à sentir le bon filon et à prendre des risques. Dieu merci jusqu'ici je ne me suis pas beaucoup trompée.


Trois auteurs ou personnages africains qui t’inspirent ?
- Winnie Mandela pour sa grande force et son charisme
- Chantal Biya pour sa capacité à reste "'Elle" connaissant l'environnement essentiellement déformant dans lequel elle évolue.
- Ferdinand Oyono, pour son œuvre littéraire
Et au dessus de TOUS, Ma feue MÈRE EKORO BALBINE CORNELIA pour sa beauté intérieure  et toutes les valeurs qu'elle nous a transmises et qui ont fait de moi la modeste personne que je suis.

 

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